Disability World
A bimonthly web-zine of international disability news and views • Issue no. 23 April-May 2004


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Madagascar: Creation d’un Centre d’insertion Scolaire et Professionnelle des Filles Handicapees Physiques

By Fela Razafinjato (fela.csm@netclub.mg)

Selon l'enquête réalisée par Handicap International en 2000, 10 % des enfants handicapés malgaches sont scolarisés. Les raisons les plus souvent évoquées sont les suivantes:

  • les difficultés financières des familles
  • la négligence des parents
  • le problème de déplacement

Dans le souci de contribuer à l'élimination progressive de la carence éducative et de l'exclusion dont sont victimes les personnes avec handicap, j'ai mis en place, le 17 juin 2003, un centre d'insertion scolaire et professionnelle des filles handicapées physiques, dénommé «Centre Sembana Mijoro».

La création de ce centre n'est ni le fruit d'un hasard ni un phénomène de mode mais elle est à la fois liée à mon histoire personnelle et à des faits concrets.

J'ai acquis mon handicap à l'âge de 3 ans, suite à des séquelles poliomyélites. A cette époque, mes parents se faisaient beaucoup de soucis pour mon avenir. Ils pensent que seule l'école pourrait m'aider à avoir une indépendance et ont toujours payé prioritairement mes études, même si nous sommes une famille nombreuse. J'ai effectué mes études primaires et secondaires 1 er cycle dans une école qui appartenait à une amie de ma mère. Mais le problème surgit quand j'ai voulu m'inscrire au concours d'entrée en classe de Seconde à l'ESCA.

Le Directeur de l'établissement a refusé ma candidature pour la simple et bonne raison que je suis handicapée. Il a avancé trois raisons:

  • Je viens d'une école pas très connue et il met en doute mon niveau intellectuel
  • Si jamais je suis admise, je risque de faire peur aux élèves et surtout de retarder les programmes de la classe
  • L'école n'a pas d'ascenseurs pour ses quatre étages et il ne veut pas avoir des problèmes avec l'assurance

Malgré cela, ma mère a insisté et a fini même par menacer le Directeur de porter l'affaire en justice dans le but de savoir sur quel droit refuse-t-on l'accueil d'un élève handicapé, uniquement parce qu'il est handicapé.

Finalement, le Directeur a accepté à condition que je réussisse et que mes parents supportent les frais de dégâts, s'il y en a. J'ai bossé dur pour respecter cet engagement et pour démontrer le contraire de ce qu'il pense de moi. Le résultat, je suis classée parmi les meilleurs élèves de la promotion.

Un autre problème est également apparu quand j'ai cherché une entreprise d'accueil pour mon stage de fin d'études supérieures en Gestion. On a refusé ma demande car les employeurs ne veulent pas avoir des problèmes supplémentaires. Il a fallu une lettre de recommandation de l'école pour que je trouve enfin une société. J'ai débuté mon stage avec 1 semaine de retard par rapport à mes amis et vous n'imaginez pas à quel point je suis frustrée. Je me suis demandée: «à quoi ça sert d'étudier si les employeurs ne veulent pas recruter un employé handicapé?»

Tous ces préjugés deviennent, pour moi, une source de motivation pour revendiquer les droits des personnes handicapées et c'est la raison pour laquelle je me suis engagée, je m'engage et je m'engagerai dans la lutte pour l'égalisation des chances des personnes en situation de handicap.

Ma participation au séminaire «femmes handicapées et Beijing + 5», tenu à New York en juin 2000, a renforcé davantage ma détermination d'agir, au vu de l'engagement actif de ces femmes handicapées issues de quatre coins du monde.

Le Centre Sembana Mijoro (C.S.M) oeuvre donc pour l'insertion scolaire et professionnelle des filles handicapées physiques et intervient dans trois domaines:

  • scolarisation par l'octroi des bourses d'études
  • plaidoyer en cas de refus d'établissement scolaire
  • placement des filles diplômées

Pour l'année scolaire 2003-2004 (notre première année d'activité), 23 jeunes filles handicapées physiques sont prises en charge et elles fréquentent l'école qui se trouve près de leur résidence respective. Elles viennent au centre tous les mercredis après-midi et samedis matin pour encadrement technique et moral car notre but est de les rendre non seulement compétentes, productives mais aussi responsables et sociables aussi bien dans leur vie professionnelle que personnelle.

Quel plaisir de constater qu'elles retrouvent la joie de vivre, qu'elles se sentent utiles et qu'elles ont envie de donner le meilleur d'elles-mêmes pour vivre comme tout le monde.

Parmi les filles du centre, il y en avait une qui a failli se suicider car personne ne s'occupe d'elle mais depuis qu'elle fréquente le centre, elle veut vivre aussi longtemps que possible.

Une personne handicapée peut être un partenaire de développement si les besoins liés à son handicap sont pris en compte par l'Etat et ses compatriotes.

La compensation du handicap n'est ni pitié, ni charité mais un acte de solidarité pour favoriser le principe d'égalisation des chances car l'égalité de traitement ne peut être réelle que si les chances sont égales.

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