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France

Loi handicap (Loi n° 2005-102) (Loi 2005-102) · Adoptée 2005 · Devise des sanctions :EUR

Amendes administratives au titre de l'article 47 jusqu'à 25 000 € par infraction ; amendes DDADUE 2023 jusqu'à 50 000 € par produit ou service non conforme avec pénalités journalières ; exposition pénale au titre de l'article 225-2 du Code pénal : 225 000 € et dissolution pour les personnes morales.

La France dispose du régime d'accessibilité le plus architecturalement ordonné de l'Union européenne : une loi fondamentale sur le handicap de 2005, une mise à jour République numérique de 2016, un décret de 2019 transposant la Directive sur l'accessibilité des sites web, un référentiel technique national (le RGAA) qui décline les exigences WCAG 2.1 AA en critères de test en français, et une loi de 2023 (DDADUE) transposant l'Acte européen sur l'accessibilité (EAA) pour les produits et services. Chaque couche s'imbrique dans la précédente. La transposition de 2023 ajoute des obligations pour les produits et services du secteur privé, mises en application par la DGCCRF ; la voie du secteur public reste sous la responsabilité de la DINUM.

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Couches législatives
Loi 2005-102 · Loi Lemaire 2016 · Décret 2019-768 (DAW) · RGAA 4.1 · DDADUE 2023 (EAA) — chaque niveau s'appuie proprement sur le précédent.
50 000 €
Amende DDADUE maximale
Par produit ou service non conforme dans le cadre du régime EAA transposé en 2023, avec pénalités journalières pour les manquements persistants. Infligée par la DGCCRF.
225 000 €
Plafond pénal pour les personnes morales
Article 225-2 du Code pénal — discrimination fondée sur le handicap par une personne morale. Quintuplement du plafond individuel de 45 000 €. La dissolution est une sanction complémentaire disponible.

Le socle constitutionnel et conventionnel

Le régime d'accessibilité français repose sur un socle constitutionnel plus ancien et plus concis dans sa formulation que la plupart de ses homologues européens. La Constitution de 1958 ne comporte pas de clause spécifique sur le handicap ; le Conseil constitutionnel fait découler la protection du handicap de trois dispositions structurantes : l'article 1er du texte de 1958 (« la France assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion »), les garanties de solidarité et d'égal accès du Préambule de 1946 (incorporé par renvoi dans le Préambule de 1958), et l'interdiction des distinctions arbitraires de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen de 1789. La jurisprudence du Conseil — notamment sa décision n° 2016-553 QPC et la lignée de décisions sur la compensation du handicap — a traité ces dispositions comme des normes contraignantes à contenu d'obligation positive, et non comme de simples orientations d'interprétation.

La France a signé la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées le 30 mars 2007 et a déposé son instrument de ratification le 18 février 2010. La convention est entrée en vigueur pour la France le 20 mars 2010, et le Protocole facultatif a été ratifié en même temps. L'article 9 (accessibilité) et l'article 33 (mise en œuvre nationale et surveillance) sont les clauses de droit international les plus régulièrement citées par les juridictions françaises et le Défenseur des droits. Le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) est le point focal désigné au titre de l'article 33 de la CDPH et anime le mécanisme de surveillance indépendant ; le rapport périodique le plus récent de la France, examiné en 2021, a donné lieu à des Observations finales qui ciblaient explicitement l'accessibilité du web et le déploiement de l'application de l'article 47 comme axes de suivi prioritaires — thèmes auxquels la transposition DDADUE 2023 et la mise à jour RGAA 4.1.2 de 2024 entendaient répondre.

La voie du secteur public : article 47 et Décret 2019-768

Le moteur substantif du régime français d'accessibilité du secteur public est l'article 47 de la Loi n° 2005-102 — la loi fondamentale sur le handicap du 11 février 2005. Dans sa rédaction initiale, l'article 47 imposait des obligations d'accessibilité numérique aux services de communication en ligne de l'État, des collectivités territoriales et des établissements publics. Il a constitué la première législation nationale sur l'accessibilité web dans un grand État membre de l'UE, précédant de plus d'une décennie la Directive sur l'accessibilité des sites web.

L'article 47 a été substantiellement réécrit par l'article 106 de la Loi pour une République numérique du 7 octobre 2016 (Loi n° 2016-1321 pour une République numérique, Loi Lemaire). La réécriture de 2016 a opéré trois changements structurels importants. Elle a étendu le périmètre à champ d'application aux applications mobiles, intranets et extranets (pas seulement aux sites publics). Elle a élargi le champ d'application personnel, passant de l'État et des collectivités territoriales aux grandes entreprises privées, le seuil de chiffre d'affaires étant fixé par décret. Elle a en outre ajouté l'obligation de publier une déclaration d'accessibilité, un schéma pluriannuel de mise en accessibilité couvrant au moins trois ans, et un plan d'action annuel.

Le seuil de chiffre d'affaires pour l'application de l'article 47 au secteur privé a été fixé par le Décret n° 2019-1082 du 24 octobre 2019 à un chiffre d'affaires annuel en France de 250 millions d'euros. Ce chiffre place les principaux distributeurs, banques, opérateurs de télécommunications, de transport et plateformes françaises dans le cadre d'accessibilité du secteur public bien qu'ils soient des entreprises privées — une caractéristique distinctive du modèle français qui n'a pas d'équivalent dans la plupart des États membres de l'UE.

Le Décret n° 2019-768 du 24 juillet 2019 est le décret d'application qui a transposé la Directive sur l'accessibilité des sites web (Directive (UE) 2016/2102) et précisé les mécanismes procéduraux de l'article 47. Le décret désigne le RGAA comme référentiel technique national contraignant ; fixe la structure et le contenu minimal de la déclaration d'accessibilité ; définit la forme et le rythme de publication du schéma pluriannuel et du plan d'action annuel ; et établit la méthodologie nationale de surveillance alignée sur la Décision d'exécution de la Commission (UE) 2018/1523. Le décret désigne également la DINUM comme autorité administrative coordinatrice et lui confère le pouvoir d'infliger des sanctions administratives pour non-conformité.

Le travail quotidien — conduite des cycles de surveillance périodiques, publication des résultats des analyses simplifiées et approfondies, tenue du registre national des déclarations d'accessibilité, et entretien du RGAA — incombe à l'unité spécialisée de la DINUM, le Bureau de l'accessibilité numérique (BACS). BACS publie des données d'observatoire trimestrielles sur le taux de conformité des déclarations d'accessibilité du secteur public, et son observatoire 2024 a indiqué qu'environ 60 % des sites du secteur public concernés disposaient d'une déclaration publiée, avec une conformité RGAA mesurée se situant en moyenne entre 55 et 65 % sur la cohorte auditée — des chiffres que le propre régulateur français qualifie d'en deçà des objectifs et qui ont conduit à un durcissement de la politique d'application pour le cycle 2025–2026.

La voie du secteur privé : DDADUE 2023

La France a transposé l'Acte européen sur l'accessibilité (Directive (UE) 2019/882) par la Loi n° 2023-171 du 9 mars 2023 — la loi portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne, universellement connue sous le nom de DDADUE 2023. La loi de transposition a modifié le Code de la consommation et y a inséré un nouveau titre dédié (Livre IV, Titre VIII) couvrant les exigences d'accessibilité pour les produits et services. Les obligations substantielles pour les opérateurs économiques sont entrées en vigueur à la date d'application à l'échelle de l'UE du 28 juin 2025. Les décrets d'application — notamment le décret principal sur l'évaluation de la conformité, le décret désignant les pouvoirs de surveillance du marché à la DGCCRF, et les décrets sur la forme de la Déclaration UE de conformité et les exigences relatives au dossier technique — ont été publiés en 2024 et au premier semestre 2025.

Le cadre modifié par la DDADUE couvre le plein périmètre de la directive en matière de produits et services :

  • Produits : matériels informatiques généraux et systèmes d'exploitation ; terminaux en libre-service (guichets automatiques, billetteries, bornes d'enregistrement, terminaux de paiement) ; équipements terminaux grand public avec capacité informatique interactive utilisés pour accéder aux services de médias audiovisuels ou aux services de communications électroniques ; et liseuses électroniques.
  • Services : services de communications électroniques ; services donnant accès à des services de médias audiovisuels ; services de transport de passagers (aérien, terrestre, ferroviaire, maritime) pour les éléments entrant dans le champ défini par la directive ; services bancaires aux consommateurs ; livres numériques et logiciels dédiés ; et services de commerce électronique.

L'exemption micro-entreprise de la directive est transposée fidèlement : les entreprises de moins de 10 salariés dont le chiffre d'affaires annuel ou le total du bilan ne dépasse pas 2 millions d'euros sont exemptées des obligations relatives aux services. Les obligations relatives aux produits s'appliquent tout au long de la chaîne d'approvisionnement (fabricant, importateur, distributeur), quelle que soit la taille de l'opérateur. La longue période transitoire pour les terminaux déjà en service au 28 juin 2025 — jusqu'au 28 juin 2045 ou à la fin de vie économique du terminal — est également transposée conformément à la directive.

L'autorité de surveillance du marché est la DGCCRF, rattachée au Ministère de l'Économie. Les brigades de la DGCCRF effectuent des inspections de conformité, émettent des injonctions (mises en demeure) et infligent des sanctions administratives en vertu des nouvelles dispositions du Code de la consommation. La surveillance du marché transfrontalier suit le Règlement (UE) 2019/1020 et est coordonnée via le système ICSMS de l'UE. Les régulateurs sectoriels continuent d'agir parallèlement à la DGCCRF dans leurs verticaux respectifs : l'ARCEP pour les communications électroniques, l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) pour les services bancaires aux consommateurs, et l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) pour les services de médias audiovisuels.

Le filet de sécurité transversal : Défenseur des droits et article 225-2 du Code pénal

Indépendamment de la voie administrative de l'article 47 et de la voie de surveillance du marché de la DDADUE, deux mécanismes transversaux génèrent l'essentiel des recours individuels en France. Le premier est le Défenseur des droits, l'autorité constitutionnelle indépendante qui a absorbé l'ancienne HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Égalité) en 2011. Le Défenseur des droits reçoit les plaintes individuelles alléguant une discrimination fondée sur le handicap, mène des enquêtes, émet des recommandations, défère les dossiers au procureur de la République lorsque des sanctions pénales sont justifiées, et intervient en qualité d'amicus curiae devant les tribunaux. Le rapport annuel 2024 du Défenseur a montré que le handicap était le motif de discrimination le plus cité dans l'ensemble des plaintes reçues — représentant plus d'une plainte sur cinq, avec une part croissante expressément formulée comme une inaccessibilité numérique.

Le second filet de sécurité est la voie pénale. L'article 225-1 du Code pénal définit la discrimination — y compris fondée sur le handicap et sur la perte d'autonomie — et l'article 225-2 fixe les sanctions pénales pour les comportements discriminatoires dans la fourniture de biens ou de services, l'exercice d'une activité économique, l'embauche ou le refus d'accès à un service. La sanction pour une personne physique est de trois ans d'emprisonnement et d'une amende de 45 000 € au maximum ; en vertu de l'article 131-38, le maximum applicable à une personne morale est quintuplé — soit 225 000 € au maximum — avec les sanctions supplémentaires disponibles au titre de l'article 131-39, dont la dissolution, l'interdiction d'exercer une activité réglementée, la fermeture d'établissements et l'exclusion des marchés publics. Les sanctions pénales restent rares dans les affaires de pur accessibilité du web, mais la jurisprudence de la Cour de cassation (Chambre criminelle) en matière de refus d'accueil de chiens-guides confirme que la voie pénale est opérante et utilisée.

Sur le plan civil, le Défenseur des droits ou les particuliers concernés saisissent couramment les juridictions judiciaires ordinaires (tribunaux judiciaires) ou les juridictions administratives (tribunaux administratifs) selon le statut du défendeur. Les dommages-intérêts sont évalués dans le cadre général de la responsabilité civile (articles 1240 et suivants du Code civil) ; il n'existe pas de plafond légal pour les dommages moraux. Les décisions prononcées dans les affaires de discrimination fondée sur le handicap se situent généralement entre 2 000 € et 20 000 € par demandeur, avec des montants plus élevés réservés aux cas de refus réitérés ou de conséquences graves.

Normes techniques et conformité : RGAA 4

Le Référentiel général d'amélioration de l'accessibilité — RGAA — est le référentiel technique national contraignant pour l'accessibilité web en France. La version actuelle est le RGAA 4.1, mis à jour en 4.1.2 en 2023. Le RGAA n'invente pas son propre ensemble de règles d'accessibilité ; il opérationnalise WCAG 2.1 niveau AA et les clauses pertinentes d'EN 301 549 en 106 critères testables regroupés en 13 chapitres thématiques (images, cadres, couleurs, multimédia, tableaux, liens, scripts, éléments obligatoires, structuration de l'information, présentation de l'information, formulaires, navigation, consultation). Chaque critère est associé à un ou plusieurs tests précisant la méthode de vérification, les technologies d'assistance et les navigateurs à utiliser, ainsi que la documentation nécessaire pour étayer la déclaration de conformité.

Le RGAA définit trois états de conformité pour un service concerné : conforme (conformité totale), partiellement conforme (le résultat intermédiaire standard, exprimable en pourcentage de conformité avec dérogations documentées), et non conforme. La déclaration d'accessibilité requise par le Décret 2019-768 doit publier le pourcentage global de conformité RGAA, la méthodologie, le périmètre concerné et la liste des contenus non conformes. La méthodologie combine analyse automatisée, audit manuel selon les 106 critères et tests utilisateurs avec technologies d'assistance.

Une mise à jour vers le RGAA 5 est en cours d'élaboration au sein de l'unité BACS de la DINUM, alignée sur l'intégration prochaine de WCAG 2.2 dans EN 301 549 au niveau ETSI et CEN-CENELEC. La consultation publique sur le projet de RGAA 5 a été menée tout au long de 2025, et le calendrier de travail prévoit une publication officielle en 2026 avec une période transitoire permettant aux organismes concernés de migrer leurs audits de conformité.

Sanctions — le spectre complet des expositions

Les sanctions françaises en matière d'accessibilité forment un spectre d'exposition à cinq niveaux. Lire l'un ou l'autre niveau de manière isolée donne une image trompeuse : les colonnes d'amendes administratives constituent le plancher, non le plafond. Tous les montants ci-dessous sont en euros ; la France est dans la zone euro et les textes sous-jacents sont directement libellés en euros.

Exposition aux sanctions par niveau et par texte. Tous montants en EUR.
NiveauTexte / instrumentType de violationPlafond (personnes morales)Facteurs aggravants
1 — Administratif (secteur public + grandes entreprises art. 47)Article 47 Loi 2005-102 + Décret 2019-768Défaut de publication de la déclaration d'accessibilité, du schéma pluriannuel ou du plan d'action annuel ; non-atteinte du taux de conformité RGAA déclaré25 000 € par infractionRenouvelable par période de rapport ; publication sur une liste publique des défaillants tenue par la DINUM
2 — Administratif (secteur privé EAA)DDADUE 2023 + Code de la consommation, Livre IV Titre VIIIProduit ou service non conforme mis sur le marché français ; défaut de délivrance ou de maintien de la Déclaration UE de conformité ; refus de coopérer avec la DGCCRF50 000 € par produit ou service non conformePénalités journalières pour non-conformité persistante ; interdictions d'accès au marché ; rappel obligatoire
3 — Dommages civilsCode civil articles 1240 et suiv. + saisine du Défenseur des droitsResponsabilité civile pour discrimination fondée sur le handicap, y compris l'inaccessibilité numériqueNon plafonné ; décisions typiques 2 000 – 20 000 € par demandeurJonction de demandeurs multiples ; dommages aggravés en cas de comportement réitéré
4 — PénalCode pénal, articles 225-1, 225-2, 131-38, 131-39Discrimination dans la fourniture de biens, de services ou d'une activité économique fondée sur le handicap ou la perte d'autonomie225 000 € + dissolution / interdiction d'activité / exclusion des marchés publicsJusqu'à 3 ans d'emprisonnement pour les personnes physiques (amende de 45 000 €) ; montant plus élevé en cas de refus d'accès à un service accessible au public
5 — Exclusion des marchés publics + infraction UECode de la commande publique, article L2141-1 + article 260(2) TFUEDiscrimination constatée ou sanctions administratives significatives ; défaut au niveau de l'État de transposer ou d'appliquer les directives UEExclusion des appels d'offres (perte de marchés de plusieurs millions d'euros) ; paiements forfaitaires et journaliers à la CJUE à l'encontre de la FranceLa persistance entraîne une escalade au niveau de l'UE ; notification transfrontalière via l'ICSMS

Le plafond de 25 000 € pour les amendes administratives de l'article 47 et le plafond de 50 000 € pour les amendes administratives DDADUE se situent dans la tranche médiane du spectre européen. À titre comparatif : le BFSG §37 allemand plafonne les amendes unitaires à 100 000 € ; la Ley 11/2023 espagnole prévoit un cadre gradué pouvant atteindre 1 000 000 € pour les infractions « très graves » ; la transposition italienne (D.Lgs. 82/2022) plafonne à 40 000 € ; la Bulgarie fixe sa tranche « très grave / répétée » à 25 000–100 000 €+ sous la loi EAA ; et les Pays-Bas ont annoncé une exposition pouvant atteindre 5 % du chiffre d'affaires annuel pour les violations systémiques. Les chiffres français publiés jusqu'à présent reflètent la préférence déclarée du régulateur pour des sanctions administratives répétées (renouvelables par période de rapport) et des pénalités journalières, plutôt qu'un plafond unique spectaculaire.

Le niveau 4 — la voie pénale au titre de l'article 225-2 — est le niveau qui influence de manière disproportionnée le comportement des entreprises en France, même s'il est rarement utilisé dans les affaires de pur accessibilité du web. La règle de quintuplement à l'article 131-38 du Code pénal — en vertu de laquelle le montant maximal de l'amende applicable à une personne morale est cinq fois le maximum applicable à une personne physique — convertit le plafond individuel de 45 000 € en un plafond pour les entreprises de 225 000 €, avec des sanctions supplémentaires au titre de l'article 131-39 incluant la dissolution de la personne morale, l'interdiction d'exercer une ou plusieurs activités réglementées pour une durée pouvant aller jusqu'à cinq ans, le suivi judiciaire, la fermeture d'établissements et l'exclusion des marchés publics pour une durée pouvant aller jusqu'à cinq ans. L'exclusion des marchés publics au titre de l'article L2141-1 du Code de la commande publique est le filet de sécurité de niveau 5 que la plupart des grands opérateurs français intègrent dans leur analyse : une seule décision constatant une discrimination peut transformer du jour au lendemain un pipeline de marchés pluriannuels en pipeline pour un concurrent.

Bilan de l'application et perspectives

L'application dans le secteur public au titre de l'article 47 et du Décret 2019-768 s'est régulièrement accélérée depuis 2022. L'unité BACS de la DINUM publie trimestriellement des données d'observatoire, les observatoires annuels 2022, 2023 et 2024 montrant une augmentation lente mais constante du taux de couverture des déclarations publiées et une convergence plus lente des scores de conformité RGAA mesurés. Les décisions de sanctions administratives au titre de l'article 47 étaient rares au cours des trois premières années du cycle d'application post-2019 — la posture BACS pendant cette période privilégiait les ordres d'action corrective et la liste publique des défaillants — mais les vagues d'application de 2024 et 2025 ont comporté un nombre croissant de décisions à 25 000 € par infraction, notamment à l'encontre d'opérateurs soumis au seuil de 250 millions d'euros de chiffre d'affaires qui n'avaient publié aucun des trois documents requis (déclaration, schéma pluriannuel, plan d'action annuel).

Du côté du Défenseur des droits, des décisions à fort retentissement ont régulièrement porté sur des plaintes d'accessibilité numérique visant des opérateurs de transport et bancaires. L'intervention du Défenseur dans les affaires contre SNCF Connect à l'occasion du relancement de la plateforme billetterie en 2022–2023, contre RATP concernant l'accessibilité du planificateur de trajets, et contre plusieurs applications bancaires grand public majeures a produit tant des recommandations formelles que d'importants programmes de correction. La jurisprudence de la Cour de cassation en matière d'accessibilité comme discrimination — notamment sa ligne jurisprudentielle constante sur le refus d'accueil des chiens-guides — confirme que les plus hautes juridictions françaises traitent la discrimination fondée sur le handicap comme un fondement pleinement justiciable, avec toutes les conséquences pénales et civiles qui y sont attachées.

L'application dans le secteur privé au titre de la DDADUE 2023 n'a démarré que le 28 juin 2025 et se trouve encore dans son premier cycle de surveillance. Le plan d'application 2025–2026 publié par la DGCCRF cible quatre verticaux prioritaires : l'accessibilité des applications bancaires aux consommateurs, l'accessibilité des processus de paiement en ligne, les bornes de billetterie en libre-service dans les principaux hubs de transport, et les services de diffusion audiovisuelle. La première vague de décisions de sanctions administratives en vertu du Code de la consommation modifié par la DDADUE est attendue au second semestre 2026 ; l'attente dans la communauté réglementaire est que la DGCCRF accordera une courte période de grâce formelle (généralement une fenêtre d'action corrective de 60 jours) avant d'appliquer la sanction de 50 000 € par produit, sauf en cas de non-conformité flagrante ou réitérée.

Perspectives 2026–27

Quatre développements à surveiller. Premièrement, le RGAA 5 est sur une trajectoire de publication en 2026 au sein de BACS, alignée sur l'intégration prochaine de WCAG 2.2 dans EN 301 549 au niveau ETSI / CEN-CENELEC ; la période transitoire post-publication permettant aux organismes concernés de migrer leurs audits de conformité est susceptible de s'étendre sur 12 à 18 mois. Deuxièmement, le premier cycle d'application complet de la DDADUE (28 juin 2025 – 28 juin 2026) se clôture à mi-année, et la première vague de décisions de sanctions administratives de la DGCCRF fixera le prix opérationnel de la non-conformité à l'EAA pour le reste de la décennie. Troisièmement, le bilan biennal de la Commission européenne sur la mise en œuvre de la DAW (prochaine édition attendue en 2026) rassemblera des données de surveillance comparables dans les 27 États membres et devrait faire pression sur les retardataires. Et quatrièmement, le gouvernement français a annoncé — lors des consultations du CNCPH de 2025 et dans la feuille de route de la DINUM — la possible extension du seuil d'application privé de l'article 47 en dessous de 250 millions d'euros, ce qui inclurait un second tier de grandes entreprises françaises de taille intermédiaire dans le cadre d'accessibilité du secteur public. L'intersection avec l'IA Act européen, notamment autour des outils automatisés de test d'accessibilité et du contenu alternatif généré par l'IA, constitue la frontière politique que le CNCPH a explicitement inscrite à son agenda 2026–27.

La liste de contrôle pratique pour 2026

Si vous exploitez un site web ou une application mobile d'un État, d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public français : publiez ou actualisez votre déclaration d'accessibilité selon le modèle actuel de la DINUM ; publiez le schéma pluriannuel (horizon 3 ans) et le plan d'action annuel ; réalisez ou faites réaliser un audit RGAA 4.1 du périmètre concerné ; coopérez avec le cycle de surveillance BACS lorsque vous y êtes invité ; prévoyez la migration vers le RGAA 5 dès sa publication.

Si vous êtes une entreprise privée dont le chiffre d'affaires annuel en France est égal ou supérieur à 250 millions d'euros et que vous exploitez des services de communication en ligne : l'article 47 vous est applicable de la même manière qu'au secteur public. Les mêmes trois documents (déclaration, schéma pluriannuel, plan d'action annuel), le même niveau de conformité RGAA, et la même exposition à l'amende administrative de 25 000 € par infraction en vertu du Décret 2019-768.

Si vous mettez sur le marché français un produit ou un service réglementé par l'EAA : constituez le dossier technique requis par les décrets d'application de la DDADUE 2023 ; délivrez la Déclaration UE de conformité ; apposez le marquage CE le cas échéant ; alignez votre produit ou service sur EN 301 549 v3.2.1 ; désignez un contact accessibilité auprès de la DGCCRF et pour les plaintes des consommateurs ; documentez la conformité et conservez les archives sur la fenêtre réglementaire de cinq ans.

Le fil directeur

Le régime d'accessibilité français est, par les standards européens, le plus structurellement complet et le plus prescriptif dans son référentiel technique. La transposition DDADUE 2023 a comblé la dernière lacune sur le versant des produits et services du secteur privé ; la mise à jour RGAA 4.1.2 de 2024 a rehaussé l'exigence technique ; l'observatoire BACS de la DINUM a resserré la boucle de surveillance sur le périmètre du secteur public et des grandes entreprises visées par l'article 47. Ce qui reste à tester en 2026–27, c'est si la DGCCRF utilisera son pouvoir d'amende administrative DDADUE de 50 000 € par produit à sa limite supérieure face aux cas flagrants de non-conformité à l'EAA — et si l'extension longtemps annoncée de l'article 47 sous le seuil de 250 millions d'euros de chiffre d'affaires se concrétisera effectivement.

Pour en savoir plus, consultez Disability World sur l'Acte européen sur l'accessibilité, la Directive sur l'accessibilité des sites web, WCAG 2.1, le RGAA, et la CDPH des Nations Unies.