Description de l’image : drapeaux canadien et ontarien fixés côte à côte sur des mâts polis devant la façade d’un édifice gouvernemental, avec la lumière du jour qui fait briller le tissu — le raccourci visuel de deux cadres d’accessibilité parallèles qui opèrent dans le même pays.

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Le Canada est inhabituel parmi les grandes juridictions de common law en ce qu’il applique simultanément deux régimes d’accessibilité qui lient des catégories différentes d’organisations. La Loi canadienne sur l’accessibilité (ACA) a reçu la sanction royale le 21 juin 2019 et s’applique aux entités sous réglementation fédérale — banques, télécommunications, radiodiffuseurs, transport interprovincial, la fonction publique fédérale et les sociétés d’État. La Loi sur l’accessibilité pour les personnes handicapées de l’Ontario (AODA) a reçu la sanction royale le 13 juin 2005 et s’applique à tout employeur du secteur privé ontarien comptant au moins un employé, à tout organisme sans but lucratif ontarien et au secteur public élargi de l’Ontario. Elles ne se chevauchent pas. Elles ne se contredisent pas. Elles créent cependant une question juridictionnelle permanente pour toute grande organisation exerçant ses activités en Ontario : quelle loi me lie pour cette obligation particulière ? Pour un aperçu de la place des règles canadiennes dans la cartographie internationale plus large, voir l’index national des réglementations sur les droits des personnes handicapées ; pour le cadre constitutionnel parent, voir les lois canadiennes sur l’accessibilité.

Ce guide met les deux lois en regard côte à côte : qui elles lient, le calendrier de conformité qui a produit (et produit encore) des échéances échelonnées jusqu’en 2040, les normes techniques sur lesquelles chacune s’appuie — WCAG 2.0 niveau AA en vertu de la Norme d’accessibilité intégrée de l’AODA mise à jour en 2021, et les normes intersectorielles en cours d’élaboration sous l’ACA par Normes d’accessibilité Canada et le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) — et les mécanismes d’application dont chaque côté dispose réellement en 2026. L’objectif n’est pas de plaider que l’une est « meilleure » que l’autre. Il est de donner à un responsable de la conformité, à un agent de marchés publics ou à un juriste du secteur public une réponse claire à la question qui lui est réellement posée à son bureau.

Deux lois, un pays

La répartition constitutionnelle des pouvoirs au Canada (Loi constitutionnelle de 1867, articles 91 et 92) divise le pouvoir réglementaire entre le Parlement fédéral et les législatures provinciales. La majeure partie de la réglementation en matière de travail, de services et de protection des consommateurs relève des provinces — raison pour laquelle l’Ontario a pu adopter l’AODA en 2005 sans intervention fédérale, et pourquoi les autres provinces ont construit leurs propres cadres (Manitoba 2013, Nouvelle-Écosse 2017, Colombie-Britannique 2021, Terre-Neuve-et-Labrador 2024). Le Parlement fédéral conserve cependant la compétence exclusive sur les banques, les télécommunications, la radiodiffusion, le transport interprovincial et international, les sociétés d’État fédérales et la fonction publique fédérale. Avant l’adoption de l’ACA en 2019, ces secteurs sous réglementation fédérale n’avaient pas de loi d’accessibilité globale — ils relevaient d’un patchwork d’ordonnances d’accessibilité du CRTC, de règlements de l’Office des transports du Canada et de directives du Conseil du Trésor. L’ACA a comblé cette lacune.

Il en résulte qu’une banque canadienne exerçant ses activités à Toronto est liée par l’ACA pour tout ce qui relève de son enveloppe fédérale (ses services bancaires de base, ses locaux en tant que milieu de travail sous réglementation fédérale, ses pratiques d’emploi pour les employés sous réglementation fédérale), et n’est pas liée par l’AODA pour ces mêmes activités. Un détaillant exerçant ses activités à Toronto sans empreinte réglementaire fédérale est entièrement lié par l’AODA et pas du tout par l’ACA. Les services aéroportuaires d’une compagnie aérienne sous réglementation fédérale, l’immeuble de bureaux ontarien ouvert au public d’un radiodiffuseur national et le centre d’appels grand public d’une société d’État relèvent tous du côté fédéral ; le traiteur ou l’exploitant de distributeurs automatiques de cette même compagnie aérienne peut relever du côté ontarien. La carte juridictionnelle est véritablement claire en théorie et véritablement complexe en pratique.

L’AODA (2005) : le modèle ontarien devenu référence continentale

L’AODA a été adoptée à l’unanimité par la Législature ontarienne le 13 juin 2005, avec l’objectif déclaré de rendre l’Ontario accessible d’ici le 1er janvier 2025. La loi elle-même est un cadre : elle n’impose pas directement des obligations détaillées. Elle autorise plutôt le lieutenant-gouverneur en conseil à prendre des règlements établissant des normes d’accessibilité dans des domaines précis, avec des dates de conformité échelonnées. Les obligations substantielles figurent dans ces règlements — plus particulièrement la Norme d’accessibilité intégrée (NAI), Règlement de l’Ontario 191/11, initialement adopté en 2011 et substantiellement modifié en 2016 puis en 2021.

La NAI regroupe cinq normes en un seul règlement : Information et communications, Emploi, Transport, Conception des espaces publics et Service à la clientèle (cette dernière était initialement un règlement distinct, Règl. de l’Ont. 429/07, et a été incorporée à la NAI en 2016). Chaque norme définit des obligations précises selon la taille de l’organisation — grandes organisations du secteur privé (50 employés et plus), petites organisations du secteur privé (1 à 49 employés), grandes organisations désignées du secteur public, petites organisations désignées du secteur public et le gouvernement de l’Ontario lui-même — avec des échéances de conformité échelonnées sur environ quinze ans à compter de 2011.

L’ancrage WCAG de la NAI

Pour la norme Information et communications, la NAI rattache la conformité en matière d’accessibilité numérique aux WCAG 2.0 niveau AA. L’article 14 du règlement exigeait que les organisations désignées du secteur public et les grandes organisations s’assurent que les nouveaux sites Web et leur contenu, ainsi que ceux faisant l’objet d’une refonte importante, soient conformes aux WCAG 2.0 niveau A avant le 1er janvier 2014, et aux WCAG 2.0 niveau AA avant le 1er janvier 2021. L’échéance de 2021 exclut les critères de succès 1.2.4 (sous-titres en direct) et 1.2.5 (audiodescription des contenus préenregistrés). La norme Service à la clientèle est plus ancienne, plus simple et s’applique à toutes les organisations ontariennes comptant un ou plusieurs employés, quelle que soit leur taille.

Une source de confusion courante est que la NAI n’a pas été mise à jour pour référencer les WCAG 2.1 ou les WCAG 2.2, même si les WCAG 2.1 ont été publiées en juin 2018 et que les WCAG 2.2 sont devenues une recommandation du W3C en octobre 2023. Le troisième examen législatif indépendant de l’AODA, mené par Rich Donovan et déposé en 2023, a explicitement recommandé de mettre à jour la référence technique de la NAI. Au début de 2026, cette mise à jour n’a pas encore été adoptée : le règlement cite encore les WCAG 2.0 par leur nom. Les organisations qui sont passées aux WCAG 2.1 ou 2.2 pour une compatibilité internationale (notamment avec l’Acte européen sur l’accessibilité (EAA) et la norme EN 301 549) le font volontairement et sont toujours évaluées pour la conformité à l’AODA par rapport aux WCAG 2.0 AA.

Application de l’AODA : directeurs, inspecteurs, pénalités administratives

L’architecture d’application de l’AODA figure à la partie V de la loi et dans les dispositions générales de la NAI. Le ministère des Services aux aînés et de l’Accessibilité (le titre actuel ; le ministère responsable a changé de nom à plusieurs reprises) maintient un petit corps d’inspection. Les directeurs nommés en vertu de l’article 30 de l’AODA peuvent délivrer des ordonnances de conformité. Les inspecteurs peuvent pénétrer dans les locaux, examiner les dossiers et exiger des entretiens. Des pénalités administratives pécuniaires peuvent être imposées — jusqu’à 50 000 $ par jour pour un particulier et 100 000 $ par jour pour une société en vertu du barème des pénalités de l’AODA — et le Tribunal d’appel en matière de permis entend les appels.

En pratique, l’instrument d’application qui touche le plus d’organisations est le rapport sur la conformité en matière d’accessibilité : toute organisation comptant 20 employés ou plus doit déposer un rapport de conformité auto-attesté via le portail en ligne du gouvernement de l’Ontario, selon un cycle triennal (initialement biennal, ramené à trois ans en 2017). Le non-dépôt constitue en soi une infraction. Le bilan de l’Ontario en matière de dépôt de rapports de conformité a été mitigé : l’examen Donovan de 2023 a constaté un écart de dépôt important parmi les petites et moyennes organisations du secteur privé et a recommandé au ministère de passer d’un modèle axé sur les plaintes à un modèle d’audit proactif. En 2026, le ministère a élargi son programme d’audit, mais reçoit toujours l’essentiel de son signal d’application par l’auto-attestation et les plaintes du public.

L’ACA (2019) : le pendant fédéral, quatorze ans plus tard

La Loi canadienne sur l’accessibilité a été déposée sous le nom de projet de loi C-81 en juin 2018 et a reçu la sanction royale le 21 juin 2019. La loi s’applique aux « entités réglementées » — définies à l’article 7 comme le gouvernement du Canada et les sociétés d’État fédérales, les Forces canadiennes et la Gendarmerie royale du Canada, les entités parlementaires et toute entité exerçant ses activités dans un secteur sous réglementation fédérale. En pratique, cela couvre les banques constituées en vertu de la Loi sur les banques fédérale, les entreprises de télécommunication et les fournisseurs de services Internet titulaires d’une licence du CRTC, les radiodiffuseurs, les chemins de fer et transporteurs routiers interprovinciaux, le transport maritime et aérien et les sociétés d’État fédérales constituées en vertu d’une loi fédérale.

L’exigence opérationnelle centrale de l’ACA est le plan sur l’accessibilité. L’article 47 exige que chaque entité réglementée (avec des exemptions de taille pour les très petits employeurs en vertu du paragraphe 47(2)) publie un plan décrivant comment elle identifiera, éliminera et préviendra les obstacles dans sept domaines prioritaires : l’emploi ; l’environnement bâti ; les technologies de l’information et des communications (TIC) ; les communications autres que les TIC ; l’acquisition de biens, de services et d’installations ; la conception et la prestation de programmes et de services ; et le transport. Le plan doit être élaboré en consultation avec des personnes handicapées, mis à jour au moins tous les trois ans (paragraphe 47(7)), et être accompagné d’un rapport d’avancement chacune des deux années entre les mises à jour du plan (article 49) et d’un mécanisme de rétroaction permettant au public de signaler des obstacles (article 50).

Le calendrier de conformité échelonné de l’ACA

Les dates de conformité de l’ACA ont été établies par règlement plutôt que d’apparaître dans le texte de la loi. Le Règlement canadien sur l’accessibilité (DORS/2021-241), en vigueur le 13 décembre 2021, a fixé la première vague d’échéances :

  • Gouvernement du Canada, entités parlementaires, Forces canadiennes, GRC — premier plan sur l’accessibilité attendu le 31 décembre 2022, avec des rapports d’avancement à suivre annuellement.
  • Sociétés d’État et grandes entités privées sous réglementation fédérale (100 employés et plus) — premier plan attendu le 1er juin 2023.
  • Petites entités privées sous réglementation fédérale (10 à 99 employés) — premier plan attendu le 1er juin 2024.
  • Extensions sectorielles pour la radiodiffusion et les télécommunications (sous la juridiction du CRTC) et pour le transport sous réglementation fédérale (sous la juridiction de l’Office des transports du Canada) — publiées par ces organismes de réglementation en 2022 et 2023, avec les premiers plans d’accessibilité en matière de transport exigés le 1er juin 2023 pour les grands transporteurs et le 1er juin 2024 pour les plus petits.

L’ACA elle-même fixe l’objectif global : « un Canada sans obstacles au plus tard le 1er janvier 2040 » (article 5). Cette date n’apparaît pas dans la rédaction de l’AODA (l’objectif déclaré de l’Ontario était le 1er janvier 2025). Les deux lois fonctionnent donc sur des chronologies à long terme différentes, même si elles partagent bon nombre des mêmes obligations opérationnelles.

Normes d’accessibilité Canada et les normes intersectorielles

L’ACA a créé Normes d’accessibilité Canada (NAC) — officiellement l’Organisation canadienne d’élaboration de normes d’accessibilité — en tant qu’organisme fédéral chargé d’élaborer des normes d’accessibilité volontaires que le gouverneur en conseil peut ensuite incorporer par renvoi dans des règlements contraignants. NAC est le pendant fédéral, à un niveau plus élevé, du processus d’élaboration de normes de la NAI. Sa première norme publiée, CAN-ASC-1.1 — Emploi, a été finalisée en 2024. CAN-ASC-2.1 — Espaces extérieurs et CAN-ASC-3.1 — Langage clair ont suivi en 2024-2025. CAN-ASC-6.1 — Voyages accessibles pour les personnes handicapées a été soumise à consultation publique en 2025, en coordination avec l’Office des transports du Canada. Au début de 2026, NAC a environ une douzaine de normes publiées ou en rédaction avancée, la plus importante — une norme TIC intersectorielle qui ferait pendant à la norme européenne EN 301 549 — étant encore en comité.

En attendant, les entités sous réglementation fédérale appliquent deux références TIC fragmentées. Les ordonnances d’accessibilité en matière de radiodiffusion et de télécommunications du CRTC citent les WCAG 2.1 niveau AA dans leurs directives de conformité ; la Norme sur l’accessibilité des sites Web du Conseil du Trésor, qui lie les ministères du gouvernement fédéral, a été mise à jour pour référencer les WCAG 2.1 niveau AA, les WCAG 2.2 devant être intégrées lors du cycle 2026-2027. Il en résulte qu’une banque sous réglementation fédérale qui conçoit une nouvelle application mobile en Ontario en 2026 travaille par rapport aux WCAG 2.1 AA (via le précédent du CRTC et du Conseil du Trésor), tandis qu’un détaillant provincial voisin travaille par rapport aux WCAG 2.0 AA (via la NAI).

Application de l’ACA : le Commissaire à l’accessibilité, le CRTC et l’OTC

L’application de l’ACA est répartie entre trois organismes de réglementation. Le Commissaire à l’accessibilité — poste créé au sein de la Commission canadienne des droits de la personne par l’article 41 de l’ACA et pourvu en 2022 — a compétence sur la plupart des entités privées sous réglementation fédérale et des sociétés d’État. Le Commissaire peut effectuer des inspections, délivrer des ordonnances de conformité, imposer des pénalités administratives pécuniaires pouvant atteindre 250 000 $ par violation (article 79), recevoir et enquêter sur des plaintes, et renvoyer des affaires au Tribunal canadien des droits de la personne. Le CRTC assure l’application dans les secteurs de la radiodiffusion et des télécommunications dans le cadre de son régime législatif existant, en appliquant les obligations de l’ACA par l’intermédiaire de sa propre direction de la conformité et de l’application. L’Office des transports du Canada (OTC) assure l’application dans le secteur du transport fédéral, notamment le Règlement sur les transports accessibles aux personnes handicapées (DORS/2019-244) qui s’applique parallèlement à l’ACA.

Le premier résumé d’application du Commissaire à l’accessibilité, publié à la fin de 2024, faisait état de plusieurs centaines d’examens de dépôts de plans, d’un faible nombre à un seul chiffre d’ordonnances de conformité officielles et d’aucune pénalité administrative pécuniaire encore imposée. L’approche déclarée du Commissaire pendant la période de déploiement a été l’éducation et l’engagement proactif plutôt que l’application punitive — un choix stratégique qui a été critiqué par certaines organisations de personnes handicapées comme trop complaisant et défendu par le Commissaire comme approprié pour une loi dans son premier cycle de conformité.

Côte à côte : le tableau comparatif

Le tableau ci-dessous met en regard les éléments porteurs de chaque loi. Il n’est pas exhaustif — aucune des deux lois n’est assez courte pour être résumée en douze lignes — mais il saisit les dimensions dont un responsable de la conformité a besoin pour déterminer quelle obligation le lie actuellement.

DimensionAODA (Ontario, 2005)ACA (fédéral, 2019)
Sanction royale13 juin 200521 juin 2019
Date-objectif d’accessibilité1er janvier 2025 (Ontario « accessible d’ici »)1er janvier 2040 (« un Canada sans obstacles »)
Qui elle lieToute organisation ontarienne comptant 1 employé ou plus — secteur privé, organismes sans but lucratif, secteur public élargi, gouvernement de l’Ontario. Environ 440 000 entités.Entités sous réglementation fédérale uniquement : gouvernement fédéral, sociétés d’État, banques, télécommunications, radiodiffuseurs, transport interprovincial, fonction publique fédérale. Environ 5 000 entités.
Instrument opérationnelNorme d’accessibilité intégrée (NAI, Règl. de l’Ont. 191/11), plus règles sur le service à la clientèle incorporées.Règlement canadien sur l’accessibilité (DORS/2021-241) plus règlements sectoriels du CRTC et de l’OTC.
Domaines substantiels couvertsCinq : Information et communications, Emploi, Transport, Conception des espaces publics, Service à la clientèle.Sept : emploi, environnement bâti, TIC, communications (hors TIC), marchés publics, programmes et services, transport.
Ancrage technique web/TICWCAG 2.0 niveau AA (depuis le 1er janvier 2021, à l’exclusion des CS 1.2.4 et 1.2.5).Pas d’ancrage légal unique ; le précédent du CRTC et du Conseil du Trésor applique les WCAG 2.1 AA. NAC rédige une norme TIC intersectorielle.
Cadence des rapportsRapport de conformité auto-attesté tous les trois ans (organisations de 20 employés et plus).Plan sur l’accessibilité tous les trois ans + rapport d’avancement annuel + mécanisme de rétroaction permanent.
Obligation de consultationNon légale à l’ensemble de la NAI ; exigée dans des dispositions précises (p. ex. comités d’accessibilité dans le secteur public élargi).Légale : les plans doivent être élaborés « en consultation avec des personnes handicapées » (paragraphe 47(4)).
Principal organisme d’applicationMinistère des Services aux aînés et de l’Accessibilité (directeurs et inspecteurs en vertu de la partie V de l’AODA).Commissaire à l’accessibilité (Commission canadienne des droits de la personne) + CRTC + Office des transports du Canada.
Pénalité administrative maximaleJusqu’à 50 000 $/jour pour un particulier ; 100 000 $/jour pour une société.Jusqu’à 250 000 $ par violation (art. 79 de l’ACA).
Organisme d’élaboration de normesComités ministériels d’élaboration de normes (ad hoc ; pas d’organisme permanent).Normes d’accessibilité Canada (organisme fédéral permanent).
Examen législatif indépendantTous les quatre ans (art. 41). Cinq examens réalisés : Beer (2010), Moran (2014), Mayo Moran (2019), Onley (2019), Donovan (2023).Tous les cinq ans (art. 117). Premier examen indépendant en cours en 2024-2026.

La question du chevauchement : là où une seule organisation doit penser aux deux

Pour la plupart des organisations, la question juridictionnelle est binaire — fédéral ou provincial — et y répondre une fois règle le reste. Les exceptions, en pratique, sont trois catégories d’organisations pour lesquelles les deux lois peuvent s’appliquer à la même entité en même temps.

Grands employeurs fédéraux avec des points de contact en Ontario

Une banque ou un opérateur de télécommunications sous réglementation fédérale qui exploite des succursales, des commerces ou des centres de contact en Ontario est lié par l’ACA pour ses activités fédérales de base (ses services bancaires, sa main-d’œuvre sous réglementation fédérale), mais peut également toucher des obligations du côté ontarien par le biais de baux commerciaux, de signalisation au détail, de sous-traitants de service à la clientèle tiers et de la compétence du Tribunal des droits de la personne de l’Ontario pour les plaintes individuelles de discrimination. L’ACA ne supplante pas le Code des droits de la personne de l’Ontario lorsque ce dernier s’applique au même comportement pour des motifs indépendants. En pratique, les grandes entités sous réglementation fédérale élaborent un plan de conformité unique qui satisfait au standard le plus élevé pour chaque obligation, plutôt que de maintenir des programmes d’accessibilité distincts côté fédéral et côté ontarien.

Les chaînes de marchés publics à la croisée des lignes juridictionnelles

Un fournisseur de TIC qui vend à la fois à un organisme provincial ontarien et à une société d’État fédérale sera confronté à des références normatives différentes dans les deux processus d’approvisionnement — WCAG 2.0 AA dans le processus ontarien, WCAG 2.1 AA (et de plus en plus 2.2) dans le processus fédéral — et pourrait également être confronté à une norme de Normes d’accessibilité Canada une fois celles-ci incorporées dans les directives fédérales d’approvisionnement. La priorité de l’article 47(1)(e) de l’ACA sur les marchés publics prévoit explicitement des achats axés sur l’accessibilité ; l’AODA ne contient pas de disposition équivalente en matière de marchés publics, même si la propre directive d’approvisionnement du gouvernement de l’Ontario en tient compte.

Entités du secteur public ontarien avec des liens de financement fédéral

Les universités, les hôpitaux et autres organisations du secteur public élargi en Ontario sont régis par l’AODA. Lorsqu’ils détiennent des subventions fédérales de recherche, des financements fédéraux d’infrastructure ou exploitent des installations sous juridiction fédérale (p. ex. des laboratoires de recherche financés par la défense nationale, des programmes de prêts aux étudiants sous réglementation fédérale), ils peuvent également se voir imposer des obligations de l’ACA sur la fraction fédéralement financée. L’effet pratique n’est rarement celui de deux régimes de conformité parallèles ; c’est habituellement un bailleur de fonds fédéral qui exige un plan d’accessibilité de style ACA comme condition de financement, en plus de l’obligation de conformité existante à la NAI.

Les autres provinces, brièvement

L’Ontario est le principal modèle provincial, mais n’est plus le seul. Le Manitoba a adopté la Loi sur l’accessibilité pour les Manitobains en décembre 2013 — la deuxième loi provinciale globale sur l’accessibilité au Canada — et a élaboré cinq normes directement inspirées de l’AODA. La Nouvelle-Écosse a adopté la Loi sur l’accessibilité en 2017 avec l’objectif déclaré d’une Nouvelle-Écosse accessible d’ici 2030. La Colombie-Britannique a adopté la Loi sur l’accessibilité de la Colombie-Britannique en 2021, avec des règlements déployés jusqu’en 2024. Terre-Neuve-et-Labrador a adopté la Loi sur l’accessibilité en 2021, avec une conformité progressive jusqu’en 2024 et au-delà. Le Québec opère un cadre différent — la Loi assurant l’exercice des droits des personnes handicapées (1978, substantiellement modifiée en 2004) — qui précède l’AODA et fonctionne par le biais de plans d’action municipaux et sectoriels plutôt que par un modèle normes-et-échéances. Aucune autre province n’a la même profondeur de réglementation en matière d’accessibilité numérique que l’Ontario a intégrée dans la NAI.

L’ACA fédérale ne supplante pas ni n’harmonise ces régimes provinciaux. Les deux niveaux de législation sont conçus pour être additifs pour les entités qu’ils attrapent chacun, et silencieux sur les entités qu’ils n’attrapent pas. Pour une organisation opérant dans plusieurs provinces en plus de l’enveloppe fédérale, la réponse pratique est la même que celle à laquelle arrivent les grandes entités sous réglementation fédérale en Ontario : élaborer un programme d’accessibilité unique au standard le plus élevé pour chaque dimension, déposer les multiples rapports requis à son égard, et traiter les différences comme une documentation plutôt que comme une charge de conformité substantielle.

Le cycle d’examen 2026 : ce qui bouge

Deux pistes de réforme avancent actuellement en parallèle, et toutes deux toucheront la comparaison ci-dessus avant 2028. Du côté ontarien, la réponse du gouvernement Ford à l’examen Donovan (déposé en 2023) s’est engagée à moderniser la NAI par étapes. Un document de consultation a été publié à la fin de 2024 pour examiner l’ancrage WCAG (actuellement 2.0 AA, candidate à une mise à jour vers 2.2 AA), la cadence des rapports de conformité et l’ajout d’une nouvelle norme sur les soins de santé en développement depuis 2018 et pas encore adoptée. Au début de 2026, la modification de la NAI est en pré-publication en rédaction ; la norme sur les soins de santé a été présentée mais n’est pas encore finalisée.

Du côté fédéral, le premier examen législatif indépendant de l’ACA — requis en vertu de l’article 117 — a été lancé en 2024 et devrait faire rapport à la fin de 2026 ou au début de 2027. La phase de soumissions s’est terminée à la mi-2025 ; les organisations canadiennes de personnes handicapées affiliées à l’IDA (notamment le Conseil des Canadiens avec déficiences, le Conseil canadien des aveugles et l’Association des sourds du Canada) ont déposé des soumissions coordonnées demandant des cycles de plans de conformité plus courts, une norme TIC intersectorielle contraignante et une autorité de sanction élargie pour le Commissaire à l’accessibilité. Le premier lot de normes publiées par Normes d’accessibilité Canada devrait commencer à être incorporé par renvoi dans le Règlement canadien sur l’accessibilité à partir de 2026-2027, ce qui convertirait les normes volontaires actuelles en obligations contraignantes pour les entités que l’ACA concerne.

Les deux pistes de réforme pointent dans la même direction : resserrer l’ancrage WCAG, réduire l’écart entre les références techniques fédérales et provinciales, et donner aux organismes d’application une autorité plus substantielle pour agir. Elles ne changent cependant pas la division juridictionnelle fondamentale. Une banque sera toujours sous réglementation fédérale en 2030 ; un détaillant torontois sera toujours sous réglementation ontarienne ; la réponse à « quelle loi me lie » dépendra toujours, chaque fois, de ce que l’organisation fait réellement.

Implications pratiques pour les responsables de la conformité en 2026

Pour un responsable de la conformité qui lit ce guide à son bureau, les enseignements opérationnels se résument à une courte liste. Premièrement, la question juridictionnelle est presque toujours susceptible d’être répondue à partir de l’empreinte réglementaire fédérale de l’organisation — les banques, les télécommunications, les radiodiffuseurs, le transport interprovincial, les sociétés d’État fédérales et la fonction publique fédérale sont visés par l’ACA ; tous les autres exerçant leurs activités en Ontario le sont par l’AODA. Les cas limites (une filiale constituée en Ontario d’une société mère sous réglementation fédérale ; un sous-traitant tiers travaillant dans les locaux d’une entité sous réglementation fédérale ; un organisme sans but lucratif recevant du financement fédéral) existent mais sont rares, et se résument presque toujours à savoir si le travail lui-même relève de l’enveloppe réglementaire fédérale.

Deuxièmement, la référence aux normes techniques est la dimension la plus opérationnellement déterminante de la comparaison. Une organisation exclusivement ontarienne qui construit ou renouvelle des services numériques en 2026 est encore évaluée par rapport aux WCAG 2.0 AA en vertu de la NAI — mais devrait planifier pour les WCAG 2.2 AA, à la fois parce que la mise à jour de la NAI issue de l’examen Donovan est en cours de rédaction et parce que l’EAA et la norme EN 301 549 (qui sont les références internationales de facto pour les produits numériques transfrontaliers) ont déjà migré vers 2.1 et migrent vers 2.2. Une organisation sous réglementation fédérale devrait déjà planifier pour les WCAG 2.1 AA au minimum et pour les WCAG 2.2 AA pour tout marché public dont la durée dépasse le cycle de mise à jour 2026-2027 du Conseil du Trésor.

Troisièmement, la cadence des rapports de conformité diffère substantiellement, et pas seulement dans la forme. Le rapport de conformité auto-attesté triennal de l’AODA est une photographie. Le plan d’accessibilité + les rapports d’avancement annuels + le mécanisme de rétroaction permanent de l’ACA constituent une boucle d’amélioration continue, avec plusieurs points de contact par an et une obligation légale de consultation. Une organisation qui n’a fait que des rapports au titre de l’AODA devra développer de nouveaux processus internes — suivi des consultations, rédaction des rapports d’avancement, intake du mécanisme de rétroaction — pour respecter le cycle de l’ACA lorsqu’elle prend des obligations du côté fédéral.

Quatrièmement, le risque d’application en 2026 est matériellement plus élevé du côté fédéral que du côté ontarien, même si le plafond de pénalité journalière ontarien est techniquement élevé. L’autorité de 250 000 $ par violation du Commissaire à l’accessibilité, combinée au régime de pénalités existant du CRTC dans les secteurs de la radiodiffusion et des télécommunications et au bilan d’application de l’Office des transports du Canada dans le secteur des transports, donne à l’architecture fédérale trois canaux d’application indépendants qui ont tous été actifs en 2024-2025. Le programme d’application de l’Ontario reste principalement axé sur les plaintes et l’auto-attestation, avec des audits rares. Le passage à un modèle d’audit proactif issu de l’examen Donovan est en début de mise en œuvre mais n’a pas encore modifié le risque d’application pour l’organisation ontarienne médiane.

Réflexions finales : deux régimes, une direction

La façon la plus claire de lire la paire AODA-ACA en 2026 est de la voir comme un régime d’accessibilité canadien unique administré par deux gouvernements différents. Les obligations substantielles ont plus convergé que divergé au cours des quinze années séparant les premiers règlements de l’AODA et les premières dates de conformité de l’ACA : toutes deux s’ancrent à des normes numériques de la famille WCAG, toutes deux s’articulent autour de la boucle planification-consultation-rapport-application que l’article 33 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CRPD) a rendu le défaut mondial, toutes deux s’appuient sur des organismes d’élaboration de normes (moins formels en Ontario, formalisés au niveau fédéral par Normes d’accessibilité Canada) pour faire le travail technique que la législation ne peut pas faire. Là où elles diffèrent — le numéro de version des WCAG, le plafond de pénalité, l’obligation de consultation, l’existence ou non d’un organisme de normes permanent — elles diffèrent sur des dimensions que les cycles d’examen actuels réduisent activement.

Ce qui reste véritablement canadien, et peu susceptible de changer, c’est la double structure. La Loi constitutionnelle de 1867 signifie que le droit canadien de l’accessibilité continuera d’être administré par le niveau de gouvernement ayant compétence constitutionnelle sur l’activité. Pour un responsable de la conformité, la tâche pratique n’est pas de souhaiter que cela change. C’est d’apprendre les deux lois, de construire un programme d’accessibilité unique au standard le plus élevé pour chaque dimension, et de traiter le rapport AODA et le plan ACA comme deux vues de la même réalité opérationnelle. Le cycle de réforme 2026 resserrera la référence technique ; il ne fusionnera pas les deux régimes en un seul. Pour en savoir plus sur la façon dont les provinces canadiennes superposent leurs propres lois à la loi fédérale, lisez l’index national des réglementations ; pour les références techniques elles-mêmes, voir le guide de la norme EN 301 549 et les travaux de référence WCAG 2.2 vers lesquels les deux régimes canadiens convergent silencieusement.

Sources primaires

  1. Parlement du Canada. Loi canadienne sur l’accessibilité (L.C. 2019, ch. 10), sanction royale le 21 juin 2019. laws-lois.justice.gc.ca/eng/acts/A-0.6
  2. Gouvernement du Canada. Règlement canadien sur l’accessibilité (DORS/2021-241), en vigueur le 13 décembre 2021.
  3. Gouvernement de l’Ontario. Loi sur l’accessibilité pour les personnes handicapées de l’Ontario, 2005 (L.O. 2005, ch. 11). ontario.ca/laws/statute/05a11
  4. Gouvernement de l’Ontario. Normes d’accessibilité intégrées, Règl. de l’Ont. 191/11 (modifié jusqu’en 2021). ontario.ca/laws/regulation/110191
  5. Rich Donovan. Troisième examen de la Loi sur l’accessibilité pour les personnes handicapées de l’Ontario, 2005 (gouvernement de l’Ontario, 2023).
  6. David Onley. À l’écoute des Ontariens handicapés : rapport du troisième examen de l’AODA (2019).
  7. Normes d’accessibilité Canada. Registre des normes publiées et des normes en cours d’élaboration (2024-2025). accessible.canada.ca
  8. Bureau du Commissaire à l’accessibilité (Commission canadienne des droits de la personne). Premier résumé annuel d’application (2024).
  9. Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes. Registre des plans d’accessibilité et des directions réglementaires (2022-2025).
  10. Office des transports du Canada. Règlement sur les transports accessibles aux personnes handicapées (DORS/2019-244).
  11. Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada. Norme sur l’accessibilité des sites Web, révision courante.