Dossier de données · Accès à l’éducation mondiale

L’état de l’accès à l’éducation des sourds dans le monde en 2026

Vingt ans après que la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CRPD) a reconnu le droit des enfants sourds à apprendre dans une langue des signes, le tableau mondial est celui d’un rattrapage lent et inégal. L’OMS dénombre 34 millions d’enfants de moins de 15 ans atteints de perte auditive invalidante. L’UNESCO estime qu’environ 80 % des enfants sourds en âge scolaire dans les pays à revenu faible ou intermédiaire sont complètement hors du système scolaire. La Fédération mondiale des Sourds maintient la même ligne qu’elle tient depuis une décennie : moins de 3 % des enfants sourds dans le monde sont enseignés dans une langue des signes qu’ils peuvent utiliser nativement. Environ 80 juridictions ont accordé à une langue des signes nationale une forme quelconque de statut légal. Voici l’état des lieux 2026.

Résultats · Dossier 0106 entrées · données tirées de l’OMS 2024, UNESCO GEM, WFD 2024, observations du Comité CRPD

Ce que les données révèlent sur l’accès à l’éducation des sourds en 2026

  1. 0134M

    Il y a environ 34 millions d’enfants sourds de moins de 15 ans dans le monde

    La mise à jour 2024 de l’OMS du Rapport mondial sur l’audition établit la population mondiale souffrant de perte auditive invalidante à environ 430 millions de personnes, dont 34 millions d’enfants de moins de 15 ans. Sans intervention politique, le modèle projette plus de 700 millions à l’horizon 2050, la croissance se concentrant dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

  2. 02environ 80 %

    Environ 80 % des enfants sourds en âge scolaire dans les PRFI sont complètement hors du système scolaire

    Le Rapport mondial de suivi de l’éducation de l’UNESCO porte cette estimation depuis son édition axée sur l’inclusion de 2020 et l’a réaffirmée dans chaque note de concept annuelle ultérieure, y compris la contribution 2024 sur l’ODD 4. Ce chiffre est un ordre de grandeur, non un comptage précis — seule une minorité de pays collectent des données de réussite scolaire ventilées par statut auditif.

  3. 03< 3 %

    Moins de 3 % des enfants sourds sont enseignés dans une langue des signes qu’ils peuvent utiliser nativement

    La Fédération mondiale des Sourds tient cette ligne à un point de pourcentage près depuis près d’une décennie. Le document de position 2024 sur l’Article 24 réaffirme ce chiffre comme l’indicateur le plus important du fossé entre traité et salle de classe.

  4. 04environ 80

    Environ 80 juridictions accordent désormais à une langue des signes nationale un statut légal

    Les formes vont de la reconnaissance constitutionnelle complète (la FinSL finlandaise depuis 1995, l’ÍTM islandaise depuis 2011) à des lois plus étroites couvrant l’interprétation judiciaire, la scolarisation ou l’accès aux médias. La reconnaissance dépasse régulièrement la mise en œuvre en classe.

  5. 05< 1/3

    Aux États-Unis, dans les environnements ordinaires, moins d’un tiers des élèves sourds bénéficient d’une interprétation qualifiée à temps plein

    L’Enquête annuelle 2024 sur les enfants et les jeunes sourds et malentendants aux États-Unis documente le fossé structurel au sein des systèmes à revenu élevé qui ont depuis longtemps résolu le problème plus simple de la scolarisation des enfants sourds. Les chiffres européens comparables ne sont pas collectés sur une base commune — ce qui fait lui-même partie du problème.

  6. 0612

    Douze pays ont pris des engagements en matière de formation des enseignants en langue des signes lors du GDS 2025 à Berlin

    Une catégorie d’engagement qui n’existait pas comme ligne suivie lors du GDS 2018 ou du GDS 2022. Le secrétariat du sommet publie désormais des données de suivi indiquant lesquels de ces engagements disposent de lignes budgétaires financées à mi-2026.

Sources Rapport mondial de l’OMS sur l’audition (2021, mise à jour 2024) ; Rapport mondial de suivi de l’éducation de l’UNESCO 2020 + contribution ODD 4 2024 ; document de travail de la Fédération mondiale des Sourds 2024 sur l’Article 24 ; observations finales du Comité CRPD 2022–2025 ; Enquête annuelle 2024 du Gallaudet Research Institute ; registre des engagements GDS 2025 Berlin.


Les chiffres que personne ne conteste

Les chiffres phares sur l’accès à l’éducation des sourds proviennent de trois ensembles de données qui, pris ensemble, constituent ce qui se rapproche le plus d’une référence commune dans ce domaine. La mise à jour 2024 de l’OMS du Rapport mondial sur l’audition établit la population mondiale souffrant de perte auditive invalidante à environ 430 millions de personnes, dont 34 millions d’enfants de moins de 15 ans. Le même modèle projette que plus de 700 millions de personnes vivront avec une perte auditive invalidante d’ici 2050 sans intervention politique, la grande majorité de la croissance se concentrant dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Le tableau de l’accès à l’éducation s’inscrit à l’intérieur de ces chiffres. Le Rapport mondial de suivi de l’éducation (GEM) de l’UNESCO a, depuis son édition axée sur l’inclusion de 2020, traité la participation scolaire des enfants sourds comme un exemple concret de la façon dont la rhétorique générique de « l’éducation inclusive » se heurte aux exigences spécifiques de l’accès à la langue. Son estimation très citée — qu’environ 80 % des enfants sourds en âge scolaire dans les pays à revenu faible ou intermédiaire sont complètement hors du système scolaire — a été réaffirmée dans chacune des notes de concept annuelles ultérieures de l’UNESCO, y compris la contribution 2024 sur l’Objectif de développement durable 4. L’estimation est un ordre de grandeur, non un comptage précis, car les enquêtes sous-jacentes qui l’ont produite sont elles-mêmes incomplètes : seule une minorité de pays collectent des données sur la réussite scolaire ventilées par statut auditif.

La Fédération mondiale des Sourds (WFD) suit le troisième indicateur. Dans son document de position 2024 sur l’Article 24 de la CRPD, la WFD réaffirme une estimation qu’elle tient à un point de pourcentage près depuis près d’une décennie : moins de 3 % des enfants sourds dans le monde sont enseignés dans une langue des signes qu’ils peuvent utiliser comme langue d’enseignement principale. Le même document tient également un décompte courant de la reconnaissance légale — à fin 2024, environ 80 juridictions ont accordé à une langue des signes nationale une forme quelconque de statut légal.

430M
Personnes dans le monde souffrant de perte auditive invalidante (OMS 2024)
700M+
Projection à l’horizon 2050 sans intervention politique (modèle OMS)
environ 80
Juridictions avec une forme quelconque de reconnaissance légale d’une langue des signes nationale
PART NOTIONNELLE D’ENFANTS SOURDS HORS DU SYSTÈME SCOLAIRE, PAR RÉGION
Afrique subsaharienne
75–90 %
Asie du Sud et du Sud-Est
60–80 %
Asie de l’Est et Pacifique
40–60 %
Amérique latine
30–50 %
Europe et Asie centrale
5–15 %
Amérique du Nord
environ 3 %
Indicateurs sélectionnés de l’accès à l’éducation des sourds par région.
RégionEnfants souffrant de perte auditive (est.)Part hors du système scolaireJuridictions reconnaissant une langue des signes nationale
Afrique subsaharienneenviron 9,5M75–90 %14
Asie du Sud et du Sud-Estenviron 12M60–80 %9
Asie de l’Est et Pacifiqueenviron 5M40–60 %11
Amérique latine et Caraïbesenviron 2,4M30–50 %17
Europe et Asie centraleenviron 1,6M5–15 %31
Amérique du Nordenviron 0,9Menviron 3 %3

La situation dans les pays à revenu élevé est meilleure dans les grandes lignes et ambiguë dans les détails. Les taux de scolarisation des enfants sourds correspondent généralement à ceux de leurs pairs entendants à l’échelle nationale ; les résultats, eux, ne correspondent pas. L’Enquête annuelle 2024 sur les enfants et les jeunes sourds et malentendants aux États-Unis, par exemple, rapporte que moins d’un tiers des élèves sourds dans les milieux ordinaires ont un accès à temps plein à un interprète qualifié dans la langue d’enseignement — un obstacle structurel dans des pays qui ont depuis longtemps résolu le problème plus simple de la scolarisation des enfants sourds. Les chiffres européens comparables ne sont pas collectés sur une base commune, ce qui fait lui-même partie du problème.

Pourquoi l’estimation est un ordre de grandeur, non un comptage

Le chiffre de 80 % hors du système scolaire dans les pays à revenu faible ou intermédiaire provient du croisement d’enquêtes nationales sur les ménages avec des estimations de la population sourde. La plupart des pays à revenu faible ou intermédiaire ne réalisent pas d’enquêtes sur la réussite scolaire avec un filtre sur le statut auditif. Ce chiffre est un plancher défendable, non une mesure de précision — ce qui est lui-même une partie du problème politique.


Ce que « l’accès » signifie réellement : trois modèles concurrents

Derrière chaque politique nationale d’éducation des sourds se cache un choix — généralement inexprimé, parfois contesté devant les tribunaux — entre trois modèles pédagogiques. Aucun d’entre eux n’est unanimement soutenu par les données pour l’ensemble des résultats, et la WFD a été explicite depuis sa mise à jour de 2018 sur l’Article 24 sur le fait que les trois ne sont pas équivalents.

1. Scolarisation bilingue/biculturelle en langue des signes

L’enfant sourd est enseigné dans une langue des signes nationale comme langue d’enseignement principale ; la langue écrite du pays est enseignée comme deuxième langue. Les écoles bilingues suédoises (depuis 1981) et le programme scolaire bilingue en langue des signes islandais (depuis 2011) sont les exemples modernes les plus anciens. Les données sur les résultats de ces systèmes — parité de compréhension de la lecture avec les pairs entendants en fin de secondaire — sont les plus solides dans le domaine, et constituent la recommandation par défaut de la WFD pour tout pays disposant d’un nombre suffisant d’enseignants.

2. Scolarisation ordinaire avec interprétation et soutien

L’enfant sourd fréquente une école ordinaire avec un interprète qualifié en langue des signes et, idéalement, des pairs sourds dans le même groupe d’année. Il s’agit du modèle prédominant dans la majeure partie de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Lorsque l’interprétation est à temps plein et que l’interprète maîtrise le dialecte local de la langue des signes nationale de l’enfant, les résultats peuvent égaler ceux du modèle bilingue ; lorsqu’elle est partielle, partagée ou absente — la norme documentée — les résultats chutent fortement.

3. Éducation orale/axée sur l’implant cochléaire

L’enfant sourd est équipé d’un implant cochléaire ou d’aides auditives et est éduqué dans une langue parlée, souvent sans enseignement de la langue des signes du tout. Ce modèle domine dans certains pays à revenu intermédiaire qui ont investi massivement dans des programmes d’implants (la plupart des États du Golfe, certaines parties de la Chine) et reste courant dans l’éducation des sourds du secteur privé aux États-Unis. La position de la WFD en 2024 reste que ce modèle seul — sans accès parallèle à une langue des signes — produit des préjudices mesurables d’identité et de privation linguistique, même lorsque les résultats audiologiques sont bons.

« La reconnaissance d’une langue des signes est le plancher, non le plafond. Les enseignants, les manuels scolaires, le parcours d’intervention précoce et les services familiaux sont ce qui décide si le droit est réel. »

Fédération mondiale des Sourds · Document de travail sur l’Article 24 · 2024
« L’éducation inclusive dispensée par une langue des signes nationale n’est pas la même intervention que la scolarisation ordinaire avec interprétation. Les deux ne doivent pas être déclarées sous le même indicateur, et elles ne doivent pas être financées sur la même ligne budgétaire. »
Document de position de la WFD sur l’Article 24, mise à jour 2024

Là où l’accès fonctionne

Trois pays montrent ce à quoi ressemble un investissement cohérent sur plusieurs décennies. Aucun d’entre eux n’est riche en termes absolus — ce qui les distingue, c’est la continuité politique, non le budget.

Comparaison des pays dont les systèmes d’éducation des sourds fonctionnent.
PaysReconnaissance statutaireModèle dominantCaractéristique distinctive
Nouvelle-ZélandeNZSL Act 2006 (3e langue officielle)Scolarisation ordinaire + soutien central NZSL@SchoolAssistants pédagogiques NZSL financés centralement, non à la discrétion de chaque école
BrésilLoi fédérale 10.436 (2002) ; Décret 5.626 (2005)Écoles bilingues Libras + ordinaire avec soutien LibrasLibras obligatoire dans les formations d’enseignants et d’orthophonistes
FinlandeFinSL reconnue constitutionnellement depuis 1995Bilingue en langue des signes de bout en boutLe conseil national de l’éducation produit les matériels pédagogiques
IslandeÍTM reconnue par la loi 61/2011Bilingue en langue des signes de bout en boutLa petite taille de la population a imposé un modèle unique financé, non un menu

La Nouvelle-Zélande a reconnu la langue des signes néo-zélandaise comme langue officielle légalement reconnue en 2006 (NZSL Act, S.6), aux côtés de l’anglais et du te reo Māori. Le programme NZSL@School du Ministère de l’Éducation place des assistants pédagogiques NZSL compétents dans les écoles ordinaires fréquentées par des élèves sourds, avec un financement central plutôt qu’à la discrétion école par école. Le système n’est pas parfait — les placements ruraux s’appuient encore sur des spécialistes itinérants — mais le plancher légal est sans ambiguïté et le Bureau des affaires liées au handicap publie les résultats annuellement.

Le Brésil a reconnu la langue des signes brésilienne (Libras) comme moyen de communication et d’expression de la communauté sourde par la Loi fédérale 10.436 en 2002, le Décret 5.626 (2005) la mettant en œuvre à travers des écoles bilingues (Libras + portugais écrit) et l’enseignement obligatoire de la Libras dans les formations d’enseignants et d’orthophonistes. La législation ultérieure — plus récemment les amendements de 2021 à la Lei Brasileira de Inclusão da Pessoa com Deficiência — a fait évoluer le modèle davantage vers une scolarisation bilingue en langue des signes, avec un choix parental entre les écoles bilingues pour sourds et les écoles ordinaires avec soutien en Libras.

La Finlande et l’Islande représentent l’extrémité de ce même continuum pour les petites populations. La langue des signes finlandaise (FinSL) est reconnue constitutionnellement depuis 1995 ; la langue des signes islandaise (ÍTM) depuis 2011. Les deux pays délivrent un programme bilingue en langue des signes de bout en bout, avec des matériels pédagogiques produits par les conseils nationaux de l’éducation plutôt que laissés aux ONG. Le modèle est d’autant plus significatif que : les petites populations ont impliqué un petit nombre total d’élèves sourds, ce qui a contraint les deux pays à choisir un modèle et à le doter en ressources, plutôt que de proposer un menu qu’aucune des options n’est réellement capable de prendre en charge.

La caractéristique commune est la continuité politique, non la taille du budget

Ce qui unit la Nouvelle-Zélande, le Brésil, la Finlande et l’Islande, c’est la continuité législative sur plusieurs décennies derrière un seul modèle pédagogique choisi, avec l’offre d’enseignants financée dans le même ensemble. Aucun d’entre eux n’est riche en termes absolus par rapport aux grands États membres de l’UE qui signalent encore des résultats plus faibles.


Là où il ne fonctionne pas

La même analyse — reconnaissance, offre d’enseignants, parcours d’intervention précoce, continuité politique — peut être appliquée aux pays où l’accès est structurellement plus faible. Quatre cas illustrent la typologie.

Chine — l’échelle face à un système à modes multiples

La Chine a la plus grande population d’élèves dans des écoles pour sourds en termes absolus dans le monde et l’un des programmes de subvention des implants cochléaires les plus ambitieux de tout pays à revenu intermédiaire. La langue des signes chinoise (中国手语) a fait l’objet de travaux de normalisation nationale depuis 2018, mais la loi sur l’éducation spécialisée du pays continue d’autoriser un mélange de modèles oraux, bilingues et de communication totale au niveau provincial. Il en résulte un fossé de réussite entre milieu urbain et rural dont l’ampleur est difficile à estimer de l’extérieur : l’éducation axée sur les implants domine dans les villes de premier rang, tandis que les élèves sourds ruraux sont beaucoup plus susceptibles de se trouver dans des écoles où la maîtrise de la langue des signes par l’enseignant lui-même est partielle.

Viêt Nam — un vivier d’enseignants insuffisant

Le Viêt Nam a reconnu formellement la langue des signes vietnamienne en 2010 et a produit un dictionnaire national de la langue des signes vietnamienne, mais la capacité de formation des enseignants reste une contrainte déterminante. L’UNICEF et le Ministère de l’Éducation et de la Formation du Viêt Nam ont organisé plusieurs cycles de formation en cours d’emploi depuis 2017 ; le fossé sous-jacent — seul un petit nombre d’écoles normales supérieures proposent des filières en langue des signes — est ce qui détermine la vitesse à laquelle la mise en œuvre en classe peut se développer, davantage que le cadre législatif ou curriculaire.

Russie — reconnaissance sans capacité de formation

La langue des signes russe (РЖЯ) a acquis le statut officiel de « langue de communication en présence d’une déficience auditive ou vocale » dans un amendement de 2012 à la loi fédérale sur la protection sociale des personnes handicapées. La reconnaissance n’a pas produit une expansion proportionnelle de la formation des enseignants ; le réseau existant d’écoles spécialisées pour sourds (types I et II) continue d’absorber la plupart des inscriptions, l’interprétation en école ordinaire restant l’exception.

Afrique subsaharienne — distance, enseignants, équipement

L’Afrique du Sud est le seul pays africain à avoir accordé à une langue des signes nationale le statut constitutionnel complet (SASL, amendement de 2023). Ailleurs, les contraintes déterminantes sont concrètes : la distance jusqu’à l’école pour sourds la plus proche, la densité des enseignants en langue des signes, l’approvisionnement en prothèses auditives et otoscopes, et l’absence de services d’interprétation régulièrement financés au niveau secondaire. Le rapport régional WFD 2024 sur l’Afrique note que 14 pays d’Afrique subsaharienne reconnaissent désormais une langue des signes nationale sous une forme quelconque — un doublement depuis 2014 — mais que la reconnaissance dépasse régulièrement la mise en œuvre en classe.

La contrainte déterminante récurrente est l’offre d’enseignants, non la loi

Dans les provinces rurales chinoises, au Viêt Nam, en Russie post-2012 et dans la majeure partie de l’Afrique subsaharienne, la contrainte déterminante pour combler le fossé d’accès n’est pas l’absence de reconnaissance statutaire — c’est l’absence d’écoles normales supérieures produisant des enseignants compétents en langue des signes à l’échelle requise par la population d’âge scolaire sourde.


Ce que 2026 a réellement fait bouger

Le plancher du traité était déjà là. Ce qui bouge en 2026, c’est l’infrastructure de mise en œuvre.

Les observations finales courantes du Comité CRPD sur l’Article 24 sont, depuis 2022, devenus nettement plus spécifiques sur l’éducation des sourds — désignant des pays nommément sur la capacité de formation des enseignants, la disponibilité des programmes en langue des signes et les parcours d’intervention précoce pour la tranche 0–3 ans, plutôt que de réaffirmer le droit général. La note de suivi 2025 du Comité sur le Commentaire général 4 a spécifiquement distingué « l’éducation inclusive dispensée en langue des signes » de « la scolarisation ordinaire avec interprétation », et a noté que les deux ne sont pas équivalentes. Cette distinction n’était pas dans le Commentaire général original de 2016.

Comité CRPD · Note de suivi du Commentaire général 4 · 2025
« L’éducation inclusive dispensée en langue des signes et l’éducation ordinaire avec interprétation ne sont pas des interventions interchangeables, et les États parties ne doivent pas les déclarer comme remplissant la même obligation au titre de l’Article 24. »
Comité CRPD, note de suivi 2025 du Commentaire général 4 (2016)

Le Sommet mondial sur le handicap (GDS) 2025 à Berlin a produit des engagements nationaux de 12 pays spécifiquement sur la formation des enseignants en langue des signes — une catégorie qui n’existait pas comme ligne d’engagement suivie lors du GDS 2018 ou du GDS 2022. Le secrétariat du sommet publie désormais des données de suivi indiquant lesquels de ces engagements disposent de lignes budgétaires financées à mi-2026.

Sur le plan technologique, l’Acte européen sur l’accessibilité (EAA), en vigueur dans toute l’Union européenne depuis le 28 juin 2025, a des effets collatéraux sur la technologie éducative : les liseuses, les plateformes d’apprentissage en ligne et les manuels scolaires numériques vendus ou distribués dans l’UE doivent désormais être accessibles, ce qui exige fonctionnellement une intégration utilisable de vidéos en langue des signes sur les plateformes utilisées dans l’éducation des sourds. Les premières actions d’application nationales dans le cadre des dispositions de l’EAA sur l’accessibilité des services sont attendues au cours de l’année académique 2026–27.

Et l’Indice d’inclusion 2024 de l’UNESCO — le premier ensemble de données multi-pays à noter la provision d’éducation des sourds sur une échelle commune pour 67 juridictions — a commencé à produire les données comparatives qui manquaient au domaine depuis deux décennies. Sa mise à jour 2026 est prévue pour la fin de l’été.

12
Pays ayant pris des engagements de formation des enseignants en langue des signes lors du GDS 2025 Berlin
67
Juridictions notées dans l’Indice d’inclusion 2024 de l’UNESCO — premier ensemble de données à échelle commune
2025
EAA en vigueur dans l’UE (28 juin) — plateformes d’apprentissage en ligne accessibles désormais requises
2025
Note de suivi du Commentaire général 4 du Comité CRPD — séparé « langue des signes » de « interprétation »

Ce que 2026 ne couvre toujours pas

Quatre fossés structurels ne se combleront pas d’eux-mêmes.

01 · Le vivier d’enseignants

Dans presque tous les pays dont la provision d’éducation des sourds est faible, la contrainte déterminante n’est pas la loi ni le programme — c’est l’absence d’écoles normales supérieures produisant des enseignants compétents en langue des signes à grande échelle. Presque aucun des engagements du GDS 2025 ne finance cela proportionnellement au fossé.

02 · La fenêtre d’intervention précoce 0–3 ans

L’exposition à la langue des signes au cours des trois premières années de vie est le meilleur prédicteur des résultats linguistiques à vie pour les enfants sourds. Les programmes publics d’intervention précoce qui livrent réellement cela — plutôt que d’orienter les familles vers une orthophonie privée — sont concentrés dans moins d’une douzaine de pays.

03 · Les enfants sourds-aveugles spécifiquement

Un enfant à la fois sourd et aveugle nécessite un parcours de langue tactile (langue des signes tactile, alphabets Lorm ou Block, souvent Pro-Tactile ou un système adapté similaire). La provision standard d’éducation des sourds dans presque aucun pays ne prend en compte ce groupe ; la pédagogie sourd-aveugle reste spécialisée, coûteuse et inégale.

04 · La formulation du débat politique implant cochléaire contre langue des signes

Plusieurs pays à revenu intermédiaire — et une minorité audible de prestataires du secteur privé américain — continuent de cadrer le choix comme l’un ou l’autre. Les données cliniques soutiennent de plus en plus ni l’un ni l’autre : les enfants porteurs d’implants cochléaires ayant un accès parallèle à une langue des signes nationale surpassent leurs pairs avec implant uniquement sur la plupart des mesures de résultats linguistiques et identitaires suivies par le domaine.

À quoi ressemble une bonne politique en 2026

Les pays aux meilleurs résultats en matière d’éducation des sourds partagent quatre caractéristiques, non une : la reconnaissance constitutionnelle ou statutaire d’une langue des signes nationale ; un vivier national de formation des enseignants qui finance des filières bilingues en langue des signes ; un parcours d’intervention précoce qui commence avant l’âge de 3 ans et est centré sur la langue, non seulement sur l’audiologie ; et le choix parental entre des écoles bilingues en langue des signes et la scolarisation ordinaire avec interprétation qualifiée à temps plein. Les pays qui rattrapent leur retard le font selon ce modèle.


Le fil conducteur

Vingt ans après que la CRPD a ancré le droit des enfants sourds à apprendre dans une langue des signes, le fossé entre le traité et la salle de classe est un fossé de formation des enseignants et de priorité politique, non un fossé de recherche. Les données sur ce qui fonctionne sont consolidées depuis une décennie. Les pays qui l’ont mis en œuvre — petits, grands, riches, à revenu intermédiaire — partagent la continuité politique, non la taille du budget.

Tout ce qui bouge en 2026, des effets collatéraux de l’EAA sur la technologie éducative accessible au nouveau jeu de données comparatif de l’UNESCO en passant par les observations finales plus ciblées du Comité CRPD, rend ce fossé plus facile à mesurer. Le combler reste une décision de budget national.

Lire d’autres articles de Disability World sur la CRPD, sur les réglementations nationales, sur les différences entre conformité, conformance et accessibilité, sur la référence WCAG 2.2, sur une analyse WCAG 2.2 de base gratuite, et sur le bilan 2026 plus large.

Méthodologie et données : Les chiffres phares sont tirés du Rapport mondial de l’OMS sur l’audition (2021, mise à jour de surveillance 2024) ; du Rapport mondial de suivi de l’éducation de l’UNESCO 2020 (Inclusion et éducation — Tous sans exception) et de la contribution ODD 4 de mi-décennie 2024 ; du Document de position 2018 de la Fédération mondiale des Sourds sur l’éducation inclusive et du document de travail 2024 sur l’Article 24 ; de l’Enquête annuelle du Gallaudet Research Institute sur les enfants et les jeunes sourds et malentendants (cycle 2024) ; du registre des engagements GDS 2025 Berlin ; et de l’Indice d’inclusion 2024 de l’UNESCO. Les fourchettes régionales hors du système scolaire sont des bandes notionnelles croisées à partir d’enquêtes sur les ménages avec des estimations de la population sourde et doivent être lues comme des ordres de grandeur, non des comptages précis. Les décomptes de reconnaissance statutaire reflètent le décompte courant WFD 2024.

Contexte juridique : L’article fait référence à l’Article 24 de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (2006) ; au Commentaire général n° 4 du Comité CRPD (2016) sur l’Article 24 et à sa note de suivi 2025 ; au New Zealand Sign Language Act 2006 (Public Act 2006 No 18) ; à la Loi fédérale brésilienne 10.436 (2002) et au Décret 5.626 (2005) ; à la loi islandaise sur le statut de la langue islandaise et de la langue des signes islandaise (loi n° 61/2011) ; à l’amendement fédéral russe de 2012 sur le statut de la RSL ; à l’amendement constitutionnel sud-africain de 2023 reconnaissant la SASL ; et à la Directive (UE) 2019/882 — l’Acte européen sur l’accessibilité (EAA), en vigueur depuis le 28 juin 2025.

Ce que cet article n’est pas : Un guide pédagogique. Il s’agit d’un état des lieux 2026 à partir de sources de données, non d’une recommandation pour les familles individuelles sur les choix de scolarisation, et il ne constitue pas un avis juridique ou clinique. Les études de cas par pays sont des typologies illustratives plutôt que des examens exhaustifs des politiques nationales.