L’état des statistiques mondiales sur le handicap en 2026 — ce qui est compté, ce qui ne l’est pas, et pourquoi l’écart se comble lentement
Deux décennies après la publication par le Groupe de Washington sur les statistiques du handicap de son Short Set on Functioning, le monde dispose enfin d’un chiffre de référence défendable : 1,3 milliard de personnes, soit environ 16 % de la population mondiale, vivant avec un handicap significatif, selon la mise à jour de surveillance 2024 du Rapport mondial sur le handicap de l’OMS. Ce chiffre repose sur une infrastructure de mesure qui a mis vingt ans à se construire — et qui manque encore quatre populations presque entièrement. Plus de 55 offices nationaux de statistiques utilisent désormais le Washington Group Short Set ; plus de 90 pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI) publient des données issues du Module UNICEF/WG sur le fonctionnement de l’enfant ; le Compendium 2025 de l’ONU DESA recense environ 120 pays produisant au moins quelques données ODD désagrégées par handicap. Le chiffre de référence est plus solide qu’il ne l’a jamais été. Ce que l’on n’y trouve pas encore, c’est l’objet du reste de ce dossier.
Ce que révèle l’infrastructure de mesure 2026
- 011,3 Md
La mise à jour OMS 2024 fixe le handicap mondial à 1,3 milliard de personnes — le chiffre de référence le plus solide que le secteur ait jamais eu
La limitation fonctionnelle, et non le décompte maladie par maladie de la charge mondiale de morbidité, constitue désormais le cadre principal. Sur les 1,3 milliard, environ 190 millions d’adultes éprouvent des difficultés de fonctionnement très significatives — un chiffre qui a à peine bougé depuis le rapport 2011.
- 0216 %
La prévalence mondiale est passée d’environ 15 % en 2011 à environ 16 % en 2024
Le monde n’est pas devenu « plus handicapé » — la mesure s’est améliorée, la population de plus de 60 ans a augmenté de près de 240 millions en 13 ans, et la prévalence des maladies chroniques s’est accrue plus vite que la croissance démographique en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne.
- 0355+
Plus de 55 offices nationaux de statistiques utilisent désormais le Washington Group Short Set dans leur recensement ou enquête phare
Sur environ 200 juridictions réalisant des recensements décennaux ou quinquennaux. La majeure partie de l’Amérique latine, un nombre croissant d’ONS africains, plusieurs grands pays asiatiques, et une part lentement croissante des membres à revenu élevé de l’OCDE.
- 04environ 10 %
Environ 1 enfant sur 10 âgé de 5 à 17 ans dans les PRFI a un handicap selon le Module de fonctionnement de l’enfant
La mise à jour 2024 de l’UNICEF Seen, Counted, Included agrège les estimations de prévalence basées sur le CFM en provenance de plus de 90 PRFI — l’ensemble de données comparables sur le handicap infantile le plus large qui ait jamais existé. Substantiellement supérieur aux estimations antérieures.
- 054 lacunes
Quatre populations restent systématiquement sous-comptées, même dans les meilleures enquêtes
Les enfants de moins de 2 ans (aucun instrument standardisé n’existe). Les personnes dans des établissements résidentiels, prisons, camps de réfugiés (exclus des bases d’échantillonnage des ménages). Les personnes ayant un handicap intellectuel ou psychosocial (l’Extended Set est utilisé dans moins de deux douzaines de pays). Les 117 millions et plus de déplacés de force (presque aucun cadre d’échantillonnage d’ONS ne les atteint).
- 062,2 → 17,8
La prévalence nationale va de 2,2 % (Inde, question unique ancienne) à 17,8 % (Royaume-Uni, GSS harmonisé + WG)
Bangladesh 2,8 %, Afrique du Sud 6,0 %, Brésil 8,9 %, États-Unis 13,4 %, Mexique 16,5 %. La majeure partie de cet écart est liée au choix de l’instrument, du seuil et de l’agrégation — et non à l’épidémiologie sous-jacente. Les recommandations WG 2024 préconisent désormais de déclarer au moins deux seuils en parallèle.
SourceRapport mondial sur le handicap de l’OMS (2011) et mise à jour de surveillance 2024 ; inventaire 2024 des pays utilisant le WG du Secrétariat du Groupe de Washington ; Compendium de statistiques sur le handicap de l’ONU DESA 2025 ; Module UNICEF/WG sur le fonctionnement de l’enfant, mise à jour Seen, Counted, Included 2024 ; publications des recensements nationaux (IBGE 2022, Stats SA 2022, INEGI 2020, ONS 2021/22, BBS 2022).
- 01Comment le handicap est compté en 2026
- 02Le chiffre de référence : 1,3 Md et 16 %
- 03Adoption du Washington Group Short Set
- 04Les enfants : le CFM et la lacune des moins de 2 ans
- 05Ce qui n’est toujours pas bien comptabilisé
- 06Le débat sur le double comptage, dans quatre pays
- 07L’ODD 17.18.1 et le Compendium 2025
- 08Perspectives 2026 et le fil conducteur
01 · Comment le handicap est compté en 2026
Trois choses ont changé entre le Rapport mondial sur le handicap de 2011 et la mise à jour de surveillance 2024 de l’OMS, et elles poussent toutes le chiffre de prévalence mondiale dans le même sens. Le monde est plus âgé — la population de plus de 60 ans a augmenté de près de 240 millions en 13 ans, et la limitation fonctionnelle significative augmente fortement après 60 ans. La prévalence des maladies chroniques, notamment le diabète de type 2 et ses séquelles, a progressé plus vite que la croissance démographique en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne. Et la mesure elle-même s’est améliorée : les instruments du Groupe de Washington, le Module UNICEF/WG sur le fonctionnement de l’enfant et la Model Disability Survey sont devenus des outils de référence qui produisent des décomptes plus élevés et plus fiables que la question héritée « avez-vous un handicap ? » à laquelle ils ont succédé.
Le chiffre de prévalence de 16 % de l’OMS doit être interprété comme le plancher d’une estimation défendable, et non comme la découverte que le monde serait devenu plus handicapé en 13 ans. La mise à jour 2024 traite la limitation fonctionnelle comme le cadre principal — le rapport 2011 s’appuyait sur le cadre de la charge mondiale de morbidité (GBD), les années vécues avec un handicap par cause spécifique, mais la mise à jour 2024 relègue le GBD en annexe plutôt qu’en titre. Un décompte par limitation fonctionnelle et un décompte condition par condition ne couvrent pas la même population : les confondre engendre un double comptage des personnes présentes dans plusieurs catégories de conditions, et un sous-comptage des personnes dont les limitations n’ont pas de correspondance nette dans la CIM-11.
02 · Le chiffre de référence, et ce qu’il mesure réellement
Le chiffre de prévalence de 16 % de l’OMS (environ 1,3 milliard de personnes) doit donc être interprété comme le plancher d’une estimation défendable, et non comme la découverte que le monde serait devenu plus handicapé en 13 ans. Sur ces 1,3 milliard, la mise à jour 2024 isole environ 190 millions d’adultes présentant des difficultés de fonctionnement très significatives — la population pour laquelle les services de réadaptation, les technologies d’assistance et les droits à l’aide personnelle sont le plus clairement indiqués et le moins adéquatement fournis. Ce sous-chiffre a à peine bougé entre les rapports 2011 et 2024, ce qui constitue en soi un résultat.
Le chiffre que l’on ne voit pas dans le titre de l’OMS, c’est le handicap par condition. Le rapport 2011 s’appuyait sur le cadre de la charge mondiale de morbidité (GBD) — les années vécues avec un handicap par cause spécifique — et la mise à jour 2024 relègue le GBD en annexe plutôt qu’en titre. Un décompte par limitation fonctionnelle et un décompte condition par condition ne couvrent pas la même population : les confondre engendre un double comptage des personnes présentes dans plusieurs catégories de conditions, et un sous-comptage des personnes dont les limitations n’ont pas de correspondance nette dans la CIM-11. La mise à jour 2024 traite la limitation fonctionnelle comme le cadre principal.
L’écart — de 2,2 % à 17,8 % — est précisément ce que le long débat du secteur sur la comparabilité met en jeu. Il ne s’agit pas, pour l’essentiel, que le handicap soit réellement sept fois plus fréquent au Royaume-Uni qu’en Inde. L’instrument, le seuil à partir duquel une personne est comptabilisée (quelques difficultés ? beaucoup ?), l’inclusion ou l’exclusion des personnes en institution, et la volonté des répondants à s’auto-identifier font évoluer le chiffre bien davantage que l’épidémiologie sous-jacente. Là où le WG-SS est déployé de manière cohérente — dans la majeure partie de l’Amérique latine notamment — les chiffres nationaux se situent désormais dans une fourchette bien plus resserrée qu’il y a dix ans.
03 · Les instruments du Groupe de Washington et où ils sont réellement utilisés

Le Washington Group Short Set on Functioning (WG-SS) se compose de six questions : difficultés à voir, entendre, marcher ou monter des escaliers, se souvenir ou se concentrer, prendre soin de soi, et communiquer, chacune sur une échelle de sévérité à quatre niveaux (aucune difficulté, quelques difficultés, beaucoup de difficultés, incapacité totale). Cet instrument a été conçu au milieu des années 2000 pour être suffisamment court pour être intégré à un recensement national, suffisamment neutre pour être traduit dans différentes cultures, et suffisamment gradué en termes de sévérité pour permettre des comparaisons entre pays s’il est utilisé de manière cohérente. L’inventaire 2024 du Secrétariat du Groupe de Washington dénombre plus de 55 offices nationaux de statistiques qui ont déployé le WG-SS de manière textuelle ou quasi-textuelle dans leur recensement ou enquête phare la plus récente.
« Plus de 55 » peut sembler modeste, et cela l’est. Il existe environ 200 juridictions réalisant des recensements décennaux ou quinquennaux. Les utilisateurs du WG-SS comprennent la majeure partie de l’Amérique latine, un nombre croissant d’ONS africains, plusieurs grands pays asiatiques, et une part lentement croissante des membres à revenu élevé de l’OCDE. Les non-utilisateurs se répartissent entre les pays qui s’appuient encore sur une question unique héritée du type « êtes-vous une personne handicapée ? » (courant dans certaines parties de l’Asie du Sud et du Sud-Est et dans plusieurs États du Golfe), les pays disposant d’un instrument national conçu avant l’existence du WG-SS (l’ONS du Royaume-Uni utilise la question harmonisée sur le handicap du GSS conjointement avec des questions de style WG), et les pays dont le recensement le plus récent est antérieur à la dernière révision du Groupe de Washington.
04 · L’instrument de fonctionnement de l’enfant
Pour les enfants, l’instrument canonique est le Module Washington Group / UNICEF sur le fonctionnement de l’enfant (CFM), finalisé en 2016 et désormais le module de référence pour les tranches d’âge 2-4 ans et 5-17 ans. Le programme MICS (Multiple Indicator Cluster Survey) de l’UNICEF intègre le CFM par défaut depuis le MICS6 ; l’édition mondiale 2024 porte des estimations de prévalence basées sur le CFM en provenance de plus de 90 pays à revenu faible et intermédiaire, l’ensemble de données comparables sur le handicap infantile le plus large qui ait jamais existé. La mise à jour 2024 Seen, Counted, Included de l’UNICEF indique qu’environ 1 enfant sur 10 âgé de 5 à 17 ans dans les PRFI a un handicap selon la définition du CFM — substantiellement supérieur aux estimations antérieures, et cohérent avec l’ajustement directionnel de l’OMS. Le CFM n’a pas d’équivalent pour les enfants de moins de 2 ans : la variation des jalons de développement dans la tranche 0-24 mois est trop large pour qu’un module court soit utile, et cette lacune constitue la première des quatre populations que l’infrastructure de mesure 2026 ne compte pas adéquatement.
Le Rapport mondial de suivi sur l’éducation (GEM) de l’UNESCO a, pour plusieurs éditions consécutives, estimé qu’environ 80 % des enfants sourds dans les pays à revenu faible et intermédiaire ne sont pas scolarisés. Le CFM permet enfin aux pays de comptabiliser ces enfants — mais compter n’est que la première étape. Là où les données existent, les ministères de l’éducation n’ont pas encore construit l’infrastructure d’éducation inclusive permettant d’agir sur ces données.
05 · Les populations que les chiffres de référence manquent encore
Quatre groupes restent systématiquement sous-comptés même dans les enquêtes nationales les mieux instrumentées.
Les personnes en institution
La plupart des bases d’échantillonnage des enquêtes auprès des ménages excluent les établissements résidentiels, les établissements psychiatriques de long séjour, les prisons et les camps de réfugiés — des populations dans lesquelles la prévalence du handicap, notamment du handicap psychosocial et intellectuel, est considérablement élevée. Le recensement 2023 des populations institutionnelles de la Commission européenne a identifié environ 1,4 million d’Européens dans des établissements résidentiels pour personnes handicapées, dont aucun n’apparaît dans les estimations standard des enquêtes auprès des ménages. Le Compendium 2025 de l’ONU DESA qualifie cette exclusion de « sous-comptage de premier ordre » dans son annexe méthodologique.
Les personnes ayant un handicap intellectuel ou psychosocial
Les six questions du WG-SS portent sur des domaines fonctionnels et sont efficaces pour couvrir ce qu’elles mesurent. Le handicap intellectuel apparaît partiellement à travers la question « se souvenir ou se concentrer » ; le handicap psychosocial apparaît partiellement à travers « communiquer » et partiellement nulle part. L’Extended Set du Groupe de Washington et le module WG-SS Enhanced ajoutent des questions sur l’anxiété, la dépression, la fonction du haut du corps et la fatigue, mais le module Enhanced n’est utilisé que dans moins de deux douzaines de pays à compter de 2024. La mise à jour OMS 2024 signale cela comme la plus grande lacune de mesure unique dans la famille d’instruments actuelle.
Les enfants de moins de 2 ans
Le CFM commence à 2 ans et aucun instrument internationalement standardisé n’existe pour les enfants plus jeunes. L’UNICEF et l’équipe de développement de la petite enfance de l’OMS ont piloté une approche hybride de dépistage clinique dans sept pays depuis 2023, mais ces travaux sont de nature méthodologique et ne sont pas encore prêts pour un déploiement national.
Les personnes dans des contextes de conflit et de déplacement
La publication statistique mi-2024 du HCR dénombre plus de 117 millions de personnes déplacées de force dans le monde. Au vu des données limitées disponibles, la prévalence du handicap dans les populations déplacées est substantiellement plus élevée que dans les populations sédentaires de même origine — du fait des blessures, de la privation, et de la mobilité différenciée des personnes handicapées en situation de crise. Presque aucun cadre d’échantillonnage d’ONS ne couvre adéquatement les populations déplacées. Le groupe de travail sur les normes d’inclusion humanitaire presse le HCR et l’OIM depuis 2022 d’intégrer le WG-SS dans les procédures d’enregistrement, avec des résultats inégaux.
Les instruments existent. La question, comme dans tant d’aspects de la politique du handicap, est de savoir si les données seront collectées.
06 · Le débat sur le double comptage, dans quatre pays
La question opérationnelle la plus contestée dans les statistiques sur le handicap en 2026 est aussi celle qui semble la plus technique : lorsqu’on pose les six questions du WG-SS et qu’un répondant déclare des difficultés dans plus d’un domaine, le compte-t-on une fois au niveau de sévérité le plus élevé, une fois à tout niveau de sévérité supérieur au seuil, ou additionne-t-on les scores de sévérité ? Les offices nationaux de statistiques traitent cette question différemment — et cette différence fait varier le chiffre de référence de plusieurs points de pourcentage.
Le recensement 2022 du Bangladesh a déclaré 2,8 % en utilisant un seuil « beaucoup de difficultés / incapacité totale » et une règle du domaine le plus élevé — l’extrémité conservatrice du spectre WG-SS. Le recensement 2022 d’Afrique du Sud a utilisé le même instrument avec un seuil plus inclusif (quelques difficultés dans deux domaines ou plus, ou beaucoup dans un) et a déclaré 6,0 %. Le recensement IBGE du Brésil a appliqué un seuil modérément inclusif et déclaré 8,9 %. L’INEGI du Mexique capte toute difficulté déclarée dans n’importe quel domaine parallèlement au niveau plus restrictif, et déclare 16,5 % — proche du chiffre mondial de l’OMS, bien supérieur à ses voisins d’Asie du Sud utilisant ostensiblement le même instrument.
Aucun de ces offices n’est dans l’erreur. Chacun a défendu son choix dans une méthodologie publiquement disponible et chacun dispose de raisons enracinées dans la continuité des données des cycles précédents. Les orientations 2024 du Groupe de Washington recommandent, pour la première fois, de déclarer au moins deux seuils en parallèle — un décompte « étroit » au niveau de sévérité le plus élevé et un décompte « large » incluant les réponses de quelques difficultés — précisément pour rendre possible la comparaison entre pays.
07 · Les rapports désagrégés sur les ODD et le Compendium 2025
L’indicateur 17.18.1 des Objectifs de développement durable des Nations Unies suit la part des indicateurs du cadre ODD qui sont désagrégés par, entre autres, le handicap. Le Compendium de statistiques sur le handicap de l’ONU DESA, publié pour la première fois en 2018 avec des mises à jour importantes en 2022 et plus récemment en 2025, constitue le meilleur inventaire du secteur sur les données produites par chaque pays.
Le résultat phare du Compendium 2025 indique qu’environ 120 pays produisent désormais au moins quelques rapports d’indicateurs ODD désagrégés par handicap — contre 76 dans le référentiel 2018. La profondeur varie : la plupart déclarent des données désagrégées par handicap sur le niveau d’instruction (ODD 4.5.1) et sur la participation au marché du travail (ODD 8.5) ; bien moins déclarent des données désagrégées par handicap sur la santé maternelle, le système judiciaire ou la participation politique ; et presque aucun ne déclare des données désagrégées par handicap sur la résilience climatique. L’examen à mi-parcours du Cadre de Sendai 2025 a signalé cette lacune : les rapports sur la réduction des risques de catastrophe dans le cadre des ODD 11.5 et 13.1 restent très insuffisants en matière de désagrégation par handicap, malgré l’engagement de Sendai 2015.
08 · Ce qui a changé en 2025-26 et ce que 2026 manque encore
Trois développements concrets reconfigurent le paysage de la mesure en 2026. Premièrement, la mise à jour de surveillance OMS 2024 a réinitialisé le chiffre de référence à 1,3 milliard et 16 % et a fait de la limitation fonctionnelle le cadre principal ; toute déclaration dans un autre cadre nécessite désormais une justification supplémentaire. Deuxièmement, le Compendium ONU DESA 2025 a publié la première matrice pays par pays des rapports d’indicateurs ODD désagrégés par handicap — rendant la cartographie des lacunes accessible aux donateurs et à la société civile d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Troisièmement, l’inventaire 2024 du Secrétariat du Groupe de Washington a commencé à publier non seulement si un pays utilise le WG-SS, mais aussi comment — quel seuil il applique, s’il déploie l’Extended Set ou le module Enhanced, et si ses microdonnées sont accessibles au public pour une nouvelle analyse. La mise à jour 2025 a ajouté neuf nouveaux pays, dont la première publication de microdonnées financées par des fonds publics d’un grand ONS d’Asie du Sud.
Trois angles morts structurels semblent peu susceptibles de se refermer selon la trajectoire actuelle.
- Des données comparables sur les populations institutionnelles. Le recensement 2023 de la Commission européenne est ce qu’une région a de plus proche ; aucun ensemble de données mondial comparable n’existe. Sans lui, le chiffre de référence de 16 % manque des dizaines de millions de personnes dont la prévalence est la plus élevée de toutes les sous-populations que le secteur dénombre.
- Des données comparables sur la prévalence du handicap psychosocial. L’Extended Set et le WG-SS Enhanced disposent des questions ; le déploiement représente une fraction de la base d’utilisateurs du WG-SS. Tant que ce n’est pas corrigé, le chiffre mondial sous-compte systématiquement la population dont les obstacles à l’accès nécessitent le plus clairement des aménagements non physiques.
- Des données désagrégées par handicap sur le climat et les catastrophes. L’engagement 2015 du Cadre de Sendai en matière de rapports RRC désagrégés par handicap est, en 2026, quasiment non tenu en dehors d’une poignée de pays pilotes. Alors que la fréquence des catastrophes liées au climat continue d’augmenter, cela devient la lacune la plus importante dans la matrice de désagrégation des ODD.
Les offices nationaux de statistiques produisant les données les plus défendables sur le handicap partagent quatre pratiques, non pas une seule : ils utilisent le WG-SS sous forme textuelle ou quasi-textuelle ; ils déclarent au moins deux seuils en parallèle (étroit et large) ; ils publient les microdonnées publiquement à un niveau permettant une nouvelle analyse indépendante ; et ils couvrent les populations institutionnelles et déplacées à travers des modules supplémentaires dédiés plutôt que de les exclure du cadre d’échantillonnage. Stats SA, IBGE Brésil, INEGI Mexique et ONS Royaume-Uni sont les offices les plus proches de ce référentiel en 2026. La plupart des autres ne le sont pas.
Le fil conducteur
Deux décennies après la publication du Short Set par le Groupe de Washington, la prévalence mondiale du handicap est enfin comptée d’une manière qui produit des chiffres défendables et globalement comparables — 16 %, environ 1,3 milliard de personnes, dont environ 190 millions d’adultes éprouvant des difficultés très significatives. La mise à jour OMS 2024 et le Compendium ONU DESA 2025 se sont alignés sur ce cadre. Ce qui reste, c’est la longue traîne des populations que le chiffre de référence manque : les personnes en institution, les enfants de moins de 2 ans, les populations déplacées, et les personnes ayant un handicap intellectuel ou psychosocial que les six questions sur les domaines fonctionnels ne capturent que partiellement. Combler ces lacunes est une décision d’investissement des offices nationaux de statistiques, pas un problème de recherche. Les instruments existent. La question, comme dans tant d’aspects de la politique du handicap, est de savoir si les données seront collectées.
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